Ecoute… tu aimeras!

Le commandement de l’amour…

Ecoute… tu aimeras

Marc 12, 28b-34

Lorsqu’on a tout oublié de l’Evangile, que la Parole, les mots, les histoires et les paraboles, les enseignements de Jésus se sont perdus dans les brumes de notre mémoire et de notre culture, seuls ces mots subsistent : « tu aimeras le Seigneur… tu aimeras ton prochain comme toi-même… ». Ce sont des mots évidement essentiels dans notre foi…

La foi ? Cet Evangile invite davantage à être aimant qu’à être croyant.

Commandement unique mais à deux directions : aimer l’Autre et aimer les autres. On insiste beaucoup aujourd’hui sur la troisième dimension, implicite, de ce commandement : s’aimer soir-même. Ne sommes-nous pas en effet souvent un autre, un inconnu intérieur. Un étranger à soi, vivant loin de notre cœur, de notre âme, de notre intériorité. Il y a là aussi, un autre, un être à aimer.

La question est-elle sincère de la part du scribe ? Cherche-t-il honnêtement ce qu’il y a d’essentiel dans la Loi ? Est-elle un piège ? Qu’importe ! Dans le diffus de la Loi, Jésus vient donner une clé de lecture.

Et la question n’est pas dépassée. Aujourd’hui, les propositions qu’offre la société pour être heureux sont multiples. Cela va du consumérisme le plus matériel aux spiritualités les plus désincarnées en passant par les médecines douces ou les alimentations les plus diverses. Plongée dans le passé animiste, celte ou autre… exotisme spirituel… Les chemins thérapeutiques, spirituels sont légions. Comment s’y retrouver dans ce diffus des chemins pour être heureux ?

La réponse du Christ Jésus serait la même : il n’y a pas d’autres routes vers le bonheur que celle de l’amour.

A cela, à cette centralité de l’amour, l’Evangile apporte trois nuances. Sans cela, on serait tentés de considérer que cet Evangile est enseignement moral réduisant la foi à un faire. En l’occurrence ici : « faire l’amour ! »

Dieu est unique… Voilà qui prémunit de l’adulation des choses ou des personnes. Voilà qui prémunit de la dépossession de soi dans la divinisation des idoles. Ces idoles qui peuvent être l’argent, le goût du pouvoir, la tranquillité à tout prix… sont aveugles mais loin de nous libérer, elles asservissent. Autre est le Dieu qui nous échappe et dès lors nous donne d’avancer.

Si Dieu est unique, nous aussi nous sommes uniques ou unifiés ou en tout cas nous avons à l’être. « De tout ton cœur… de toute ton intelligence… » Ne voyons pas là une description stratifiée de l’humain, corps, âme, esprit ou volonté, intelligence, sentiment…  Non mais l’être unifié… sans rupture… l’être réconcilié.

Enfin, ce commandement de l’amour est précédé d’un autre commandement, plus discrètement glissé, quasi invisible : « Ecoute ! Ecoute Israël ! »

L’écoute c’est taire ses rumeurs intérieures, ses machinations, les murmures et les bruits.

L’écoute c’est d’abord le silence pour être espace d’accueil à la parole de l’autre. Non seulement sa parole mais aussi sa présence et aussi son silence. Le dialogue de deux silences.

L’absence de mots, de bruits ou de cris ne suffit pas pour que le silence ouvre à l’écoute. Il faut rejoindre son âme. A ce moment, la rencontre a lieu.

Ecoute Israël… l’écoute est au fond chemin vers son âme là où se tient le Seigneur, là où se tient, comme une source l’amour.

 

Ce commandement caché – ce commandement de l’écoute – est au fondement. Comme un commandement source, comme un commandement racine. En ce lieu où notre vie existe – se sort – du néant, l’amour se construit.

Sans cela l’amour est idéologie.

Une de plus !