Heureuse cette qui a cru

La joie est au cœur de ce passage de l’Evangile de Luc : la Visitation de Notre Dame.

Joie de Marie. C’est à n’en pas doute la joie de son cœur qui guide ses pas lorsqu’elle se rend chez sa cousine Elisabeth. Sa joie n’est, semble-t-il, même pas contrariée par le fait que cette naissance vient bousculer ses plans, ses projets.

Joie d’Elisabeth. Ne pas avoir d’enfants dans l’antiquité méditerranéenne était signe d’infâmie. Source surtout de souffrance. Elisabeth avait attendu en vain et avait même dû se désespérer. On imagine la hauteur de sa joie lorsqu’elle découvre qu’elle attend famille.

Joie de Jean-Baptiste. De cette joie, Elisabeth est le seul témoin. Joie de l’enfant qu’elle porte en elle. Complicité d’une mère avec l’enfant qu’elle porte : elle en devine les émotions, les mouvements, elle devine quand il dort paisiblement, quand il est nerveux. On a vu dans cette joie de Jean-Baptiste la joie de tout un peuple. Pour certains Jean-Baptiste est le dernier homme, le dernier prophète, de l’Ancien Testament. L’histoire en est arrivée à son terme. La première alliance est menée à bon port. Pour d’autres, Jean Baptiste est le premier homme, le premier prophète du Nouveau Testament.  Avec lui, commence une nouvelle ère. Mais qu’il s’agisse de l’une ou l’autre manière d’interpréter la vie de Jean-Baptiste, c’est la joie qui domine en lui. Il tressaille d’allégresse dans le sein de sa mère Elisabeth.

Ce sentiment n’empêche pas les difficultés voire même les épreuves lourdes.

Jean-Baptiste sera confronté à un doute profond. Les circonstances de la vie semblent lui donner tort. Il envoie, de sa prison, des émissaires pour demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Marie, pour ne citer que cet exemple, sera au pied de la croix. Souffrance suprême pour la maman qu’elle a été et qu’elle demeure.

Dès lors, la joie a-t-elle encore sa place ? Dans notre monde, la joie a-t-elle encore sa place ?

La joie est un sentiment, une émotion qui s’emparent de nous. On rit sans l’avoir décidé.  Mais peut-on choisir la joie ? Est-elle, au-delà d’une émotion, un choix de vie, une attitude à adopter ? Notre Pape François en tout cas nous invite à choisir la joie.  Avec les expressions fortes qu’on lui connaît, nous sommes, dit-il, des chrétiens d’enterrement. Tout se passe comme si nous avions peur de la joie. Nous estimons que Dieu est lointain, que Jésus est au ciel. C’est comme si Dieu était une idée. La joie au contraire c’est faire l’expérience que Jésus est là, toujours avec nous, que notre Dieu est un Dieu proche, ressuscité.

La joie c’est aussi le suivre sur le chemin des béatitudes : c’est viser des valeurs simples, surtout relationnelles. Ce n’est pas viser un bonheur où il suffirait de posséder, d’acquérir des biens.

C’est aussi parler au Christ, entrer en dialogue avec lui. Et dans notre prière, pourquoi pas, le soir, prendre le temps d’observer les moments de bonheur dont on ne s’est peut-être pas rendu compte dans l’accéléré de la journée. Prendre conscience et remercier pour tous ces éclats de vie.

La joie commence petit mais elle est contagieuse. Puissions-nous la choisir !.