Homélies du dimanche

Méditation du 14e dim. A : évangile selon saint Matthieu 11, 25-30
Méditation du 15e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 1-233
Méditation du 16e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 24-43
Méditation du 17e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu, 13, 44-52
Méditation du 18e Dim. A ; de l’Évangile selon Saint-Matthieu 14, 13-21
Méditation du 19e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu, 14, 22-33

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Méditation du 19e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu, 14, 22-33

L’Évangile présente Jésus marchant sur les eaux de la mer. Les disciples bouleversés crient au fantôme.

Ce langage imagé renvoi au bateau de la vie, de notre l’existence humaine. Le 27 mars dernier, alors qu’éclatait dans le monde la pandémie du covid-19, le Pape François commentait l’évangile de la tempête apaisée de Marc 4, avant la bénédiction extraordinaire Urbi et Orbi. « D’épaisses ténèbres couvent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage… Nous nous retrouvons apeurés et perdus », disait-il. Effectivement, lorsqu’embarqué sur l’eau sans pouvoir nager, nous rend vulnérable.  Dépassés et impuissants, nous coulons dans notre propre univers fait de fantômes et des esprits.

Déjà Jean Cassien, le fondateur, au Ve siècle, de l’abbaye Saint-Victor à Marseille, considérait la vie comme un bateau à mener à bon port, porté par le souffle de l’Esprit, avec le discernement comme boussole dans le but d’éviter les récifs de la tentation. Une métaphore qui concerne finalement aussi bien les moines du Ve siècle que les hommes et les femmes du XXIe, et qui invite à tenir la barre de sa propre vie.

Qui parmi nous n’a pas traversé des périodes d’angoisse, d’insomnie, de remise en question, de dépression, de révolte ou de colère contre la terre entière ? La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. La tempête révèle toutes les volontés de puissance cachées qui nous ont coupés de ce qui a nourri l’âme d’existences. Le réveil de l’inconscient en nous peut susciter un trouble du comportement et de la peur face à l’inconnu. Les disciples bouleversés nous ressemblent lorsque l’appel à venir à Dieu dérange nos zones de confort, nos rites, nos habitudes.

Jésus est resté là pour prier et à la 4e veille, à la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. Cette image traduit notre vie spirituelle, lorsque nous ressentons la crise du réveil intérieur, ou bien lorsque nous traversons une nouvelle étape dans notre croissance personnelle.

En venant vers eux, sans craindre leur état intérieur troublé et apeuré. « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur », leur dit alors Jésus. Pierre retrouve aussitôt confiance en lui et lui demande : « si c’est toi, ordonne-moi de venir vers toi ». Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descend de la barque et il peut marcher sur les eaux aussi longtemps qu’il tient son regard fixé sur Jésus. Mais dès qu’il retourne son regard sur la mer, il commence à enfoncer. Belle image qui renvoie à notre Foi en Dieu qui tient dans le regard. « Laisse-toi regarder par le Christ, car Il t’aime ! », chantons-nous si souvent…

Une fois embarqué avec les disciples dans le bateau, le vent tomba. Par cette image, Saint-Matthieu veut nous aider à accueillir Jésus personnellement dans nos vies. Il nous enseigne comment embarquer Dieu dans le bateau de notre existence pour aller le chemin de la Vie éternelle, le chemin vers notre port d’attache : « vers mon Père et votre Père », disait souvent Jésus à ses disciples.

Chacun de nous connait des personnes qui ne sont jamais en paix. Elles ne sont jamais satisfaites avec elles-mêmes et leurs présences sont source de tension et de conflit.

Il y a une trentaine d’années, j’ai connu un jeune homme qui avait décidé de quitter l’Église. Il croyait que Dieu n’était pas important dans la vie et qu’Il ne lui manquait pas. Mais, dans son comportement, on pouvait facilement lire une agitation intérieure et une insatisfaction profonde de ne pas être en paix avec soi-même. Un de ses bons amis lui dit alors : « ton agitation intérieure va te rendre malade et tu finiras par devenir fou !» Lors d’une retraite dans un monastère, il choisit d’ouvrir la blessure spirituelle. Il accepta de laisser Dieu embarquer à nouveau dans sa vie. Il fut bouleversé par la venue de la lumière en lui. Quelques semaines plus tard, il a retrouvé la vraie Paix intérieure et la joie est revenue dans son cœur.

Je vous souhaite de laisser Jésus embarquer dans votre vie et que les crises, les tempêtes intérieures n’aient plus la force de vous renverser. Je vous souhaite de ne pas avoir peur de Sa présence en vous pour contrer les vagues. Alors vous marcherez sur l’eau, comme Jésus pour aller à Dieu.

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Méditation du 18e Dim. A ; de l’Évangile selon Saint-Matthieu 14, 13-21
Donnez-leur à manger !

 Dans l’évangile de la multiplication des pains que nous proclamons en ce jour, saint Matthieu marque une nouvelle étape de la vie de Jésus : Il se met en chemin vers Jérusalem. Il veut donner à sa communauté un enseignement particulier. Matthieu souligne que Jésus est saisi de compassion envers la foule de gens.

Les gens sont guéris par les paroles en paraboles et les gestes de salut que pose Jésus. Dans ce sens, la multiplication des pains vient elle aussi sauver de la faim et guérir des blessures des gens qui le suivent. Dans ce récit, Jésus est présenté une nouvelle fois comme Celui qui vient sauver et guérir.

 Alors que le chassé-croisé entre les juilletistes et les aoûtiens correspond cette année avec la montée sensible de la courbe des infections par la covid-19, notre compassion envers nos aînés confinés depuis mars dans les maisons de repos nous rappelle l’urgence et la valeur de la vie, mais aussi de grand privilège d’être des 100 premières personnes autorisées à célébrer l’Eucharistie dans cette église. « …rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur », nous dit saint Paul. Toutefois, si regarder une messe télévisée, c’est déjà quelque chose ; ce n’est pas pour ça que vous aurez mangé ! La communauté limitée à 100 fidèles est coupée de ses membres malades et absents, et de celles et ceux qui sont renvoyés à la maison…

Demandons à l’Esprit de savoir lire le signe donné à notre temps ?

 Le récit de la multiplication des pains est décrit de la même façon que le récit de la dernière cène : « il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule ». Chaque Eucharistie est bien le lieu où nous recevons le pain que Jésus nous offre. Tout comme les cinq pains, qui sont le rappel du signe des plaies de l’amour de Jésus, Lui qui ira jusqu’au bout pour nous, et les 5000 hommes présents, il s’agit d’abord d’y reconnaître un repas de noces et un signe d’Amour avec la foule.

Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger ». N’est-ce pas notre défi ? Comment dépasser nos peurs, sortir de nos ornières, changer nos habitudes et donner quelque chose de nous-mêmes à la foule qui nourrit vraiment ?

 La prière eucharistique pour des circonstances particulières nous fait prier : « Donne à tous les membres de l’Église de savoir lire les signes des temps à la lumière de la foi, et de se dépenser sans relâche… attentifs aux besoins de tous ». Demandons à Dieu d’ouvrir nos yeux à toute détresse et de nous inspirer la parole et le geste qui conviennent pour soutenir notre prochain dans la peine ou dans l’épreuve. Voulant construire la fraternité universelle, nous avons reçu de Dieu un pain qui nourrit, qui donne du sens et qui libère de la maladie, de la mort.

 Saint Matthieu termine par cette image : « On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins ». Le chiffre 12 est symbolique de la communauté nouvelle fondée par Jésus. Cette communauté des disciples du Seigneur reçoit la mission d’annoncer le Règne de Dieu et de produire des signes d’espérances. L’Église peut-être cette communauté qui a pour loi le service mutuel avec un cœur sincère selon l’exemple et la parole du Christ lui-même.

 Je vous souhaite un bon temps de vacances, particulièrement aux étincelles du Patro de Welkenraedt parti au camp à Fraiture dans le Condroz pour 10 jours. Je vous souhaite de découvrir la joie et le bonheur de donner quelque chose de soi en nourriture à la foule de celles et ceux qui ont peur et perdent le sens du chemin qui conduit jusqu’à l’autre, jusqu’à Dieu.

 Merci à celles et ceux qui, donnant leurs jambes à Jésus, Lui permettent de rejoindre nos sœurs et frères malades, isolés et fragilisés par la maladie, l’angoisse et la solitude accentuées par la pandémie que nous connaissons.

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Méditation du 17e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu, 13, 44-52
Transformer les blessures en perles.

Il leur parlait en paraboles et elles fascinaient son public, malgré leurs caractères provocateurs. Par ses images, Jésus invite à la conversion du regard sur soi-même, sur les autres et sur Dieu. Pour le rendre à lui-même, Jésus cherche notre cœur, notre noyau central en mettant face à face le Soi et l’ego.

Ces deux aspects de notre vie, nous les retrouvons dans des deux paraboles du trésor caché et de la perle précieuse. Jésus nous montre comment et où trouver le vrai Soi représenté par le trésor et la perle.

Le trésor est caché dans le champ. Nous devons creuser en pleine terre de notre âme. Celui qui creuse la terre se salit les mains. Le champ, la terre symbolise la dimension terrestre de l’être humain, y compris ses zones d’ombres. D’une part nous associons à la terre une idée de saleté ; mais nous lui associons aussi la fécondité. C’est sur le champ qui pousse et croît le grain. Tout cultivateur apprécie la bonne terre arable. Il aime en prendre dans ses mains, la soupeser, se sentir. Ce contact avec la terre laisse plutôt indifférents les citadins qui préfèrent les routes goudronnées.

Selon Jésus, notre véritable Soi gît caché dans notre bonne terre. Il nous faut creuser en profondeur pour y avoir accès. Cela signifie qu’il faut mettre la main dans le cambouis et vouloir se salir les mains. Il faut vouloir creuser nos peurs, nos dépressions, nos conflits et le chaos qui sont en nous pour parvenir au tréfonds de notre âme. Beaucoup de gens veulent bien voir le trésor au fond d’eux-mêmes, mais sans vouloir se salir les mains. Les psychologues appellent cela le raccourci spirituel ou encore, le spirituel bypassing (en se contournant). Ils veulent arriver au trésor sans traverser la réalité de l’existence faite de joies et de souffrances. Jésus veut nous donner le courage et la joie de rechercher notre véritable Soi en creusant jusqu’au plus profond nos expériences et nos rencontres.

L’image de la perle précieuse, qui amène un marchand à vendre tout ce qu’il possède, nous montre un autre chemin vers le vrai Soi. La perle se développe et grandit dans les blessures de l’huître. Sur notre chemin spirituel et sur celui de notre individualisation, il importe de découvrir la perle précisément dans les blessures de l’histoire de notre vie.

Henry Nouwen, spécialiste de théologie pastorale dit : « les ruptures et blessures que nous portons en nous brisent aussi les masques que nous avons mis sur nos visages et font apparaître notre vrai Soi. »

Nous cessons alors de nous cacher derrière une façade. Nous laissons nos blessures faire éclater les cuirasses dont nous avons entouré notre cœur pour nous protéger de la souffrance.

Jésus nous invite d’abord à découvrir, dans les blessures, la perle, notre vrai Soi. Dès que nous l’aurons trouvée, la blessure cessera de nous faire mal. Mais elle demeurera. Hildegard von Bingen avait bien compris cette parabole. Elle disait que le but même de l’accès à notre pleine humanité consiste à transformer les blessures en perles. N’est-ce pas précisément dans nos blessures que sont nées nos capacités à mieux comprendre les autres, à mieux les aimer et à pouvoir les accompagner sur leur route ?

Ses deux paraboles du trésor caché et de la perle précieuse transforment notre façon de considérer le chemin vers la connaissance de Soi. Nous comptions trouver le Soi par un cheminement intellectuel ou grâce aux méthodes thérapeutiques ou spirituelles. Mais Jésus nous montre le chemin de l’humilité : le chemin vers notre propre intériorité où nous rencontrons nos parts d’ombre, l’enracinement terrien de notre vie, de même que nos blessures. C’est là que gisent le trésor et la perle précieuse, c’est là que nous avons une chance de rejoindre notre vrai « Je ». Certains ont l’impression qu’ils ne font que creuser et se salir les mains. Qu’ils ne désespèrent pas, et continuent à creuser avec confiance. Un beau jour le trésor caché en eux, la vie de l’âme coulera comme la source qui féconde la bonne graine.

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Méditation du 16e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 24-43S
Semons du grain non purifié

Nous entendons aujourd’hui la parabole de l’ivraie et du blé. Elle est une belle image pour nous apprendre comment gérer nos zones d’ombre. L’être humain est intérieurement structuré par des pôles antagonistes. Il porta en lui l’amour et l’agressivité, la raison et le sentiment, la gentillesse et la dureté, l’animus et l’anima, les pôles psychiques féminins et masculins. Souvent, nous ne vivons qu’un des deux pôles et refoulons l’autre. Mais tant que l’autre pôle demeure refoulé dans l’ombre, il a des effets destructeurs. Le sentiment refoulé, par exemple, se manifeste alors sous la forme d’une sentimentalité qui nous submerge. Et l’agression refoulée s’exprime souvent par le biais de maladies.

C’est un tel choc que ressentent également dans la parabole, les serviteurs du maître qui avait fait semer du bon grain dans son champ. « Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? »  Il leur dit : « C’est un ennemi qui a fait cela ».

Nous sommes persuadés que nous avons semé de la bonne graine dans le champ de notre âme. Mais nous découvrons également de l’ivraie au milieu du froment. Comme les serviteurs, nous aimerions l’arracher nous-mêmes et tout de suite. Mais le maître leur dit : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier ».

Nous voulons être que bons et impeccables, mais nous sentons notre penchant vers le mal. Nous voulons être exclusivement aimables et nous nous apercevons que des sentiments de haine et de vengeance nous animent aussi. Nous sommes effrayés de l’ivraie et gardons la tentation de vouloir l’arracher sur-le-champ. Mais en le faisant, nous arracherions en même temps le froment. L’ivraie dont parle ici Jésus est ladite ivraie annuelle (lolium perenne) qui ressemble au froment et dont les racines s’entremêlent à celles du froment.

Si l’on voulait, par souci de perfectionnisme, arracher de notre âme toute forme d’ivraie, nous ne pourrions pas non plus récolter du froment, et la vie deviendrait stérile, sans fruit. La fécondité de notre vie n’est jamais l’expression d’une existence absolument parfaite, mais découle de la confiance que le froment est plus résistant que l’ivraie, qu’il nous est possible d’empêcher de prendre racine en nous et que nous pouvons écarter de nous.

Dans la tradition monastique, on comprenait très bien cette parabole et on racontait cette histoire.

Un jeune novice dit à son maître :

  • Chaque fois que je fais quelque chose de bon, les démons surgissent en moi et viennent jeter le doute. Lorsque je prie, ils me disent que je suis démonstratif ; lorsque je rends service, ils me disent que je cherche à me mettre en avant pour me faire remarquer. Toutes mes bonnes actions sont mêlées aux mauvais sentiments et ne valent pas la peine.
  • Eh bien oui, dit le maître. Écoute cette histoire : « Dans une ville, il y avait deux fermiers. Tous les deux voulaient sortir et semer du blé. Mais, ils remarquèrent que le grain était non épuré. Le premier dit : « je ne sème pas du grain non épuré dans mon champ ». L’autre avait jeté en terre tout son grain. Un an plus tard survint une famine dans la ville. Lequel des deux fermiers avait de quoi manger ? »
  • Le jeune novice répondit : « celui qui avait semé le grain non épuré »
  • Alors le maître lui répondit : « viens, semons les grains non épurés pour avoir quelque chose à manger ».

Effectivement, toutes nos actions sont quelque part égoïstes, et nous ne devons pas nous mentir. Mais si nous restons humbles avec nous-mêmes et que nous reconnaissons que c’est bien nous, alors nous pouvons donner le meilleur de nous-mêmes, car ce qui importe avant tout, n’est-ce pas que tous aient quelque chose à manger ?  Oui, donnons le meilleur de nous-mêmes pour nourrir les autres et rester un signe d’espérance au cœur du monde.

Je vous souhaite d’avoir l’audace de semer la semence, même non épurée pour vous épanouir et que personne ne soit sans nourriture, sans la joie de connaître Dieu.

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« Méditation du 15e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 1-23

La façon dont nous nous percevons dépend des images intérieures que nous portons en nous. Dans les conversations, j’entends souvent dire que les gens sont malheureux. Quand je demande pourquoi, c’est souvent parce que les images qu’ils ont d’eux-mêmes et de la vie ne correspondent pas à la réalité. Dans les paraboles, Jésus veut nous libérer des images qui nous rendent malades et nous offrir des images de guérison. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous invite à regarder dans notre propre vie les images négatives qui nous empêchent de réussir. Et il nous dessine une image d’espoir pour l’épanouissement de notre vie avec des fruits.

 « Voici que le semeur est sorti pour semer ». Cette image de l’agriculture, tout le monde la comprend. Lorsque l’enseignant espère que la graine qu’il sème dans l’esprit des élèves finira par porter ses fruits. Ou bien, lorsque des parents espèrent que ce qu’ils ont semé ne sera pas perdu, même si parfois ils ne voient pas immédiatement les fruits de l’éducation chez l’enfant. Dans sa prédication, Jésus se sert de l’image des semailles pour nous monter la fécondité de sa parole et des fruits qu’elle porte. Mais Jésus décrit aussi trois obstacles que nous rencontrons. Ces obstacles empêchent la parole de Dieu, mais aussi les bonnes paroles d’autrui, de pénétrer au plus profond de notre âme et de porter du fruit.

 « Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin ». Sur le chemin, les graines ne peuvent pas pénétrer dans la terre. Le chemin est une image pour notre activité. Nous piétinons notre vie d’intériorité avec toutes sortes d’activités. Nous sommes tellement occupés par des choses extérieures que la parole de Jésus n’a aucune chance de nous toucher. Nous ne vivons qu’en surface, déconnectés de nous-même. Les oiseaux du ciel mangent la semence. Les oiseaux représentent les nombreuses pensées qui nous distraient et traversent la tête.

 « D’autres sont tombés sur le sol pierreux ». Le sol pierreux est une image qui renvoie aux émotions. La Parole de Dieu ne pénètre qu’en surface de nous-même. L’enthousiasme nous emporte. C’est la tyrannie des envies qui nous ferme à la profondeur du cœur. La graine ne peut pas prendre racine.

Notre foi a besoin de racines. Elles sont les expériences de foi de nos parents et grands-parents, nos ancêtres. Celui qui veut pénétrer dans les profondeurs de l’histoire de sa vie, va à la rencontre de ses racines. « La dépression s’explique souvent par un manque d’enracinement dans sa vie personnelle », disait le psychiatre suisse Daniel Hell. Dieu vous invite à connaître les racines de la foi en nous.

Sa Parole porte du fruit en nous. Réfléchissons un instant : nous sommes assis masqué dans l’église de … Imaginez maintenant quel fut le partage de la foi qui a soutenu cette paroisse pendant 800 ans ! Et le nombre incalculable d’enfants, d’hommes et de femmes qui ont cherché Dieu !  Aujourd’hui, il n’est pas faux d’affirmer que nous avons une part de leur foi. Ainsi notre foi prend racine. Saint Benoît de Nursie, moine et patron de l’Europe que nous fêtons ce 11 juillet, fut le fondateur du monachisme et de l’ordre des Bénédictins. Une figure toujours très actuelle. « L’Europe retrouve l’espérance lorsque l’homme est au centre de ses institutions », disait SS le Pape François. Saint-Benoît, priez pour nous ! »

 « D’autres sont tombés dans les ronces ». Les ronces sont comparées au souci, aux préoccupations journalières et au tourment de ce monde. Constamment préoccupés par l’avenir, par notre santé, par nos finances. Les Grecs connaissent deux mots. Jésus parle ici de « merimna ». Merimna signifie l’inquiétude pleine de peur et de chagrin, la préoccupation et la peur de l’existence. Le « Meletan », en revanche, est le soin affectueux des parents pour leurs enfants. Cela signifie avoir du cœur pour les autres.

Il y a des gens qui ne sont pas libres et sont en permanence préoccupés. Ils ne sont pas ouverts au message évangélique, aux paroles d’espoir et de confiance. Les nombreux soucis étouffent la graine. La Parole de Dieu ne peut pas grandir en eux. Les épines qui piquent sont aussi une image des blessures que nous avons subies. Ces personnes tournent constamment autour des blessures de leur passé. La blessure pourrait bien devenir une porte d’entrée pour la Parole de Jésus. Mais lorsque nous fouillons dans nos blessures, lorsque nous regrettons constamment que les autres nous aient blessés si profondément, alors nous nous fermons à la transformation que la Parole de Dieu veut opérer en nous.

 « D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ». Pour les Pères de l’Église, la terre fertile est le fondement de notre âme. La parole de Jésus doit pénétrer au plus profond de notre âme, à travers toutes nos émotions et nos passions. Là seulement, elle va s’épanouir. Ce fondement de l’âme, cette terre fertile est en chacun de nous. Avec les trois premières images, Jésus veut nous exhorter à fouiller notre conscience, là où nous avons piétiné notre âme, où nous laissons la Parole de Dieu entrer seulement au niveau de nos émotions, mais pas au fond de l’âme, et où nos soucis étouffent la graine.

Par la quatrième image, Jésus veut nous donner de l’espoir. Matthieu pense ici au lien entre l’écoute et l’action. La parole de Jésus porte son fruit en nous lorsque nous faisons ce que nous entendons. Mais pour moi, quelque chose d’autre apparaît dans cette image : la vitalité et la fécondité sont les signes d’une véritable vie spirituelle. Celui qui se laisse transformer par Dieu est reconnaissable par une fertilité, une vitalité, une imagination et une créativité saine.

La psychologie d’aujourd’hui a deux images pour dire la réussite de la vie : le flux, quand la vie coule, quand tout est en mouvement unifié et paisible, et l’épanouissement, lorsque la vie s’épanouit et ouverte, nous rend profondément heureux, ainsi que les autres autour de nous.

 Ainsi, je vous souhaite l’épanouissement et de porter du fruit, pour être une bénédiction pour les autres. Celui qui ne regarde constamment que ses erreurs ou regarde pour voir s’il a accompli tous les commandements, n’a pas compris l’effet fécond des paroles de Jésus, n’a pas saisi le mystère de Jésus dans sa vie.  Amen

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Méditation du 14e dim. A : év:angile selon saint Matthieu 11, 25-30
La vérité vous rendra libre

Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous promet le repos pour l’âme. Beaucoup cherchent le repos et les vacances sont un temps de repos souvent d’ailleurs bien mérité…

Ici, le repos est promis à celles et ceux qui peinent, qui se plaignent du lourd fardeau et qui en ont plein de dos. On rencontre parfois des personnes tendues par la vie, qui s’efforcent à être toujours parfaites et qui ont besoin de prouver qu’elles y arriveront quand même, à force de volonté et de travail. Elles fonctionnent à force de : il faut que tout soit impeccable, tu dois être positif, tu dois être gaie et joyeux, tu dois péter la forme, il faut faire ainsi parce que c’est un principe dans la famille, etc. Il s’agit de celles et ceux qui mettent la pression et qui placent leur existence dans les lois et les contraintes personnelles. On peut facilement les reconnaitre : elles se mettent la vie sur le dos et avancent comme des chevaux de trait devant tirer le poids du monde.

 Jésus promet le repos, et il nous indique un chemin pour y aller. Le disciple n’a pas peur du calme et des profondeurs de l’océan, alors que la tempête secoue et secoue en surface. Ainsi, si beaucoup veulent bien le repos, ils redoutent le calme et le silence. Ils sont pris de panique à l’idée d’être confronté à leur vérité intérieure et aux tempêtes personnelles.

 Jésus nous invite à apprendre de lui : « Je suis doux et humble de cœur ». Pour trouver le vrai repos, il faut être humble et doux. L’humilité, qui signifie l’expérience de ma terre est l’acceptation de soi. Elle est notre capacité à accepter le réel comme il est, que ce réel reflète des aspects positifs, des aspects négatifs ou des limites constitutives. Quand on s’est lâché au réel et qu’on l’accepte humblement, on se sent détendu et en repos, on entre dans la paix en soi.

La douceur est proche de l’expérience de l’humilité. C’est vivre une docilité intérieure. « Doux comme un agneau », se dit d’une personne qui est pleine de bonté, qui à de l’indulgence pour elle-même d’abord…

 Il n’est pas facile d’entrer en relation avec celles et ceux qui ne vivent qu’un seul côté de leur personnalité : soit, qu’ils sont uniquement intellectuels, ou bien seulement performantes ou productives. Jésus nous apprend le chemin de l’unification de nos vies riches des expériences qui l’ont fait apparaître. Il s’agit bien d’accepter de tout prendre en nous, nos qualités et nos dons, nos limites, nos forces, nos faiblesses, nos réussites, nos échecs toute la vie comme elle est, et non pas comme je l’ai rêvée. Alors, rien n’est nié et refoulé, oublié et caché. Dans la sagesse, je peux être à l’école du réel pour apprendre la véritable humilité et douceur dans ma vie de disciple.

 Rencontrer l’autre, les actualités et le réel n’est plus un fardeau. La promesse de Jésus se réalise déjà pour le disciple libre et ouvert à l’esprit. Jésus dit : « je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme ».

Effectivement, Jésus ne charge pas les épaules des gens avec des fardeaux, des lois et des dévotions pour lui. Le disciple découvre un chemin de vérité qui rend libre dans l’humilité et la douceur du réel. Cette acceptation devient sa prière d’offrande, car il croit en Dieu bon et Lui présente ce réel intérieur pour connaître le repos de l’âme dès maintenant, là tout de suite.

 Dans leur lettre du 29 juin dernier, les évêques de Belgique nous invitent à offrir une espérance au monde et à demeurer en éveil, à ne pas cesser de rester créatifs.

« Ensemble, continuons à rendre nos communautés plus belles, parce que plus fraternelles, plus sensibles aux blessures de chacun et aux soifs de ce monde. Continuons de soigner nos célébrations pour qu’elles soient source d’intériorité et d’engagement. Voilà que demain pointe déjà le jour. Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’hier ? Là où il se trouve, chacun a en tout cas le pouvoir de le rendre meilleur. L’épreuve nous a d’ailleurs permis d’identifier quelques défis majeurs pour notre temps. Comment apporter notre soutien aux victimes d’une crise sociale dont nous commençons seulement à percevoir les effets ? En particulier, comment accompagner les jeunes et nous montrer solidaires des personnes âgées, si souvent frappées par la solitude ? Comment offrir une place à ceux que notre société tend à laisser de côté ou aux portes de nos frontières ? Comment donner considération et dignité à ceux qui travaillent au service de tous, trop souvent dans la précarité ? Comment chercher du sens et cultiver l’espérance face aux incertitudes ? Comment accueillir et respecter la vulnérabilité de nos vies ? Comment nous engager face à l’immensité des défis écologiques, sociaux, économiques ?

Sur aucune de ces questions, nous n’avons de formule magique. Mais nous pouvons puiser dans notre foi et nos partages communautaires des ressources pour discerner, et pour agir aux côtés des autres individus et groupes de notre société. Nous invitons les communautés chrétiennes à s’engager, d’un même élan, dans le cœur de Dieu et au cœur du monde ».

Je vous souhaite d’apprendre ensemble à lire les signes du temps et à grandir dans la fidélité aux appels de la voie de l’Esprit-Saint.

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