Homélies du dimanche

Méditation du 14e dim. A : évangile selon saint Matthieu 11, 25-30
Méditation du 15e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 1-233
Méditation du 16e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 24-43
Méditation du 17e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu, 13, 44-52
Méditation du 18e Dim. A ; de l’Évangile selon Saint-Matthieu 14, 13-21
Méditation du 19e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu, 14, 22-33
Méditation du 20e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu, 15, 21-28
Assomption de la Vierge Marie : évangile selon Saint-Luc 1, 39-56.
Méditation du 21e Dim. A : Évangile selon saint-Matthieu, 16, 13-20
Méditation du 22e Dim. A : Évangile selon Saint-Mathieu 16, 21-27
Méditation du 23e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu 18, 15-20
Méditation du 24e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu 18, 21-35
Méditation du 25e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 20, 1-16
Méditation du 26e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 21,28-32
Méditation du 27e Dim A : évangile selon saint-Matthieu 21, 33-44
Méditation du 28e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 22, 1-14
Méditation du 29e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 22, 15-21

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« Notre Vie appartient à Dieu ! »

La vie de chacun d’entre nous a pris une tournure inattendue à travers la crise corona et nous devons nous adapter au quotidien. En présence d’une situation sociale qui se dégrade et de l’apparition des pauvretés, nous sommes invités à ne pas nous laisser enfermer dans des idées, et manipuler par de puissants lobbys qui influences sans scrupule, des politiques indignes de l’humain.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, les pharisiens viennent à Jésus avec une intention secrète pour le piéger. Ils commencent par le louer pour sa sagesse et sa belle prédication : « nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens ». Mais ensuite, ils lui posent cette question insidieuse : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ? » Les pharisiens sont fondamentalement opposés à l’impôt de César. Il est contraire à la dignité d’un Juif. Mais, ils s’acquittent malgré tout de cet impôt. Alors, ils veulent savoir de la part de Jésus, quelle est sa réponse pour l’arrêter.

Jésus ne se laisse pas renfermer dans leur étroitesse. Il demande : « Montrez-moi la monnaie de l’impôt ? » Cette question de Jésus qui se fait montrer une pièce d’un denier montre l’hypocrisie des pharisiens en possession de cet argent à l’effigie de l’empereur ! Et Jésus d’ajouter : « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » Ils répondirent : « De César. » Alors, il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

À l’Empereur appartient, la voirie, les chaussées, les bâtiments et pour tout ça, vous pouvez le lui rendre ; c’est bien la raison de l’impôt ; ce sont ses affaires.

Mais l’humain, il appartient à Dieu ; son corps, son esprit, son âme appartiennent à Dieu ! C’est l’enseignement libérateur de Jésus : comment rendre Dieu à nous-mêmes ? Comme il est important de s’appartenir soi-même en tant qu’humain.

Jésus suscite l’admiration par sa réponse. Les pharisiens se rendent compte qu’ils ne peuvent rien faire contre lui. Il est plus sage qu’eux.

Pour nous également, la sagesse est une aide précieuse, pour ne pas nous laissions enfermer par une étroitesse de pensée. Nous pouvons partager cette sagesse avec Jésus. Nous pouvons puiser en permanence dans la sagesse de Jésus, alors nous pouvons ressentir au fond de nous qu’il s’agit bien de donner sa vie à Dieu, parce qu’elle lui appartient.

Tous frères ! Le Saint-Père nous invite en cette semaine missionnaire à manifester notre communion avec les diocèses les plus démunis par la prière et le partage.

Ce week-end du 18 octobre, toutes les paroisses seront unies dans une collecte au profit de la mission. L’argent déposé à la quête ou via des dons de compte à compte servira à financer les nombreuses actions menées par les Œuvres pontificales missionnaires, réseau mondial dont dépend Missio Belgique.

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Méditation du 28e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 22, 1-14

« Revêtez le manteau de la grâce !»

Aujourd’hui, encore une parabole provocante et déroutante de Jésus racontant l’histoire d’un roi qui célèbre la noce de son fils. Mais les invités ont des excuses et ne veulent pas venir. L’un s’en va à son champ, l’autre à son commerce. Ces deux images nous font regarder comment la propriété, les affaires et la possession de bien peuvent empêcher d’être à l’écoute de la voie intérieure. Ou bien ce besoin de vouloir tout avoir tout de suite qui conduit au mépris des autres et à l’homicide.

La colère du roi est très dure et il fait périr les serviteurs et incendier leur ville…

 Mais la parabole continue et le roi envoie ses serviteurs aux croisées des chemins pour rassembler tous ceux qu’ils trouvèrent. Par cette image Jésus nous désignait. Il n’hésite pas à inviter les mauvais et les bons. N’est-ce pas bien là la générosité d’un Dieu qui veut rassembler ; qu’il soit bon ou bien mauvais, Dieu insiste à la noce et met tout en œuvre pour cette fête. C’est l’image de la miséricorde divine.

 Pourtant l’histoire n’est pas terminée. Voici que le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce. Il lui dit : « Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ? »  L’autre garda le silence. Il le fait jeter dans les ténèbres.

Et à nouveau revient la question : pourquoi le roi est si dur ?

 Cette parabole nécessite quelques explications sur le protocole en vigueur dans les cours royales dans l’antiquité ou dans d’autres cultures que la nôtre. En effet, le roi offrait l’habit pour la noce aux invités afin qu’ils puissent venir honorer par leurs présences et sans gêne le roi et les jeunes époux. Chacun des invités était revêtu des parures ainsi offertes.

Voici qu’un homme est entré dans la salle des noces sans avoir revêtu l’habit offert par le roi ; mais il est également bien invité !  Il pensait peut-être qu’il n’était pas nécessaire de s’habiller, qu’il était libre de se rendre à la noce comme il l’entendait et n’a pas considéré l’invitation du roi. Il n’a même pas regardé l’invitation. Il se présente sans honorer et respecter l’invitation. Sa désinvolture et son insolence font apparaître son mépris et son manque de finesse et de justesse.

Quel est l’enseignement de Jésus par cette image des noces est pour nous chrétien ? Il est le rappel que nous sommes chacun invités au repas du Seigneur. Être invité à l’Eucharistie c’est aussi une invitation à vivre Dieu en nous. Nous avons un hôte intérieur qui vient unifier nos vies. Écouter la Voie de l’être en nous et chercher à unifier notre existence jusque dans nos propres paroles et actes de croyants est l’appel et le rappel que Dieu n’a de cesse de réitérer à notre égard, quoi que nous ayons vécus et traverser comme crise, comme maladie et comme épreuve dans l’existence. Ainsi, nous ne venons pas à l’Eucharistie comme des consommateurs de Dieu. Nos crises, nos conversions et nos remises en question personnelles au contact des autres et de Dieu lui-même nous aident à nous décider pour aller vers notre soi pour être toujours plus un.

Dieu nous donne de revêtir l’habit de la grâce pour venir à la noce de son Fils. Sous cet habit de la grâce qu’on revêtu les saints avant nous, peuvent encore exister le bon et le mauvais. Mais revêtir le Christ, l’habit de la grâce et de la dignité humaine, pour devenir un et unifier ma vie dans le sens qu’elle a reçu de Dieu, être à son image comme créée depuis les origines est le signe des noces divines dans mon existence humaine. Alors, dans cette parabole, nous pouvons retrouver à la fois la promesse, l’invitation aux noces et le rappel bienveillant et plein de délicatesse pour gérer raisonnablement notre vie, car Dieu a tout offert !

 Merci au Pape François pour le rappel et l’invitation pressante adressée aux humains de bonne volonté : « Quand je rédigeais cette lettre, écrit le Pape François, a soudainement éclaté la pandémie de la Covid-19 qui a mis à nu nos fausses certitudes. Au-delà des diverses réponses qu’ont apportées les différents pays, l’incapacité d’agir ensemble a été dévoilée. » Et de formuler un vœu : « Rêvons en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous, chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères. »  

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« Portons-nous de bons fruits ? »

Cette parabole de Jésus peut être lue à deux niveaux : ce qu’elle signifiait à l’époque, à Jérusalem, et ce qu’elle peut nous dire aujourd’hui, en tant que parole de Jésus pour nous.

À cette époque, la crise a atteint un point culminant dramatique. Jésus était reparti en pèlerinage à Jérusalem, pour la Pâque juive. Les autorités religieuses étaient déjà déterminées à l’éliminer le plus rapidement possible. Jésus le sait et n’ignore pas l’adversité et l’hostilité. Et il le dit à ses adversaires dans un langage imagé qu’ils comprennent exactement.

Son langage est celui des anciens prophètes. Ils aimaient comparer le peuple élu des Juifs à une vigne que Dieu lui-même avait plantée et clôturée. Le propriétaire attend un bon rendement de ce vignoble. Mais les vignerons et exploitants, c’est-à-dire les responsables et les chefs religieux eux-mêmes, préfèrent cultiver pour se remplir les poches. C’est pourquoi ils n’écoutent pas les serviteurs envoyés par le propriétaire, pour prélever les fruits et sa part de la récolte.

Pour les grands prêtres et les anciens du peuple, l’image renvoie aux prophètes que Dieu a envoyés à son peuple encore et encore pour le rappeler à Lui et pour l’exhorter à se repentir. La Bible raconte des infidélités du peuple à l’alliance et témoigne de la façon dont les choses se sont généralement mal passées pour les prophètes qui, au nom de Dieu, ont essayé de secouer le peuple. On se moquait d’eux, on les persécutait, voire on les tuait.

Jésus ose faire un dernier pas. Il dit à ses autorités : il y a une dernière chance. Dieu vous a envoyé son dernier messager : son propre fils ! Jésus a rarement parlé plus clairement de lui-même. Et en même temps, il a rappelé la dernière offre de Dieu : ‘Ils respecteront mon fils.’  Nous savons comment cela s’est terminé. Jésus a été tué. Le vignoble a été confié à d’autres. Nous, les chrétiens, sommes ces « autres vignerons » qui sont censés faire mieux, qui « rendent le fruit de la vigne au propriétaire quand il est temps de le faire ».

Alors qu’elle enseignement pour nous dans cette parabole de Jésus ? En ce temps de la grave crise du coronavirus, quel signe les chrétiens sont-ils aujourd’hui ? Se débrouillent-ils mieux que les Juifs de l’époque ? Produisent-ils de bons fruits ? Dieu, le propriétaire de la vigne, peut-il être satisfait des fruits des chrétiens ? Une chose est sûre : nous n’avons aucune raison de nous considérer supérieurs aux Juifs qui tuaient Jésus à l’époque. Comment Jésus nous traiterait-il aujourd’hui ?

La parabole de Jésus est une grande invitation adressée à chaque individu, et pour le « peuple de Dieu », l’Église. Est-ce que j’apporte à Dieu le rendement qu’Il espère de moi ? Ma vie est comme une vigne que Dieu a plantée. La vigne est l’image de ma propre existence. Est-elle devenue une existence fertile et féconde avec de bons raisins juteux, sucrés et doux ?

Comment rencontrer celles et ceux qui me rappellent que Dieu attend de moi plus que des raisins aigres et amers ? Comment traiter aujourd’hui avec celles et ceux qui, comme les prophètes, nous exhortent à nous repentir ? Particulièrement lorsqu’il s’agit de Greta Thunberg, de Stockholm, une militante écologiste suédoise engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce que Jésus disait : « Nulle part un prophète n’est aussi peu respecté que dans sa patrie et dans sa famille » reste très actuel.

Une chose me réconforte : Jésus savait qu’ils allaient le tuer. Jésus sait aussi combien nous ne répondons pas à ses attentes. Il a pardonné à ceux qui l’ont mis sur la croix. Qu’il nous pardonne aujourd’hui et nous montre sa miséricorde. Nous en avons besoin .

Votre curé, Joseph SCHMETZ

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Méditation du 26e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 21,28-32

Les lectures de ce 26ème dimanche du temps ordinaire – Année A, nous invitent à la conversion, à nous détourner de nos mauvaises habitudes et comportements, pour être davantage en phase avec ce premier commandement de Dieu : aimer.

Mais, que signifie se convertir ?

Se convertir, c’est changer de résolution, d’opinion, de pratique.

Que nous commencions par dire non aux invitations de Dieu, n’est certes pas sans importance.

Mais si notre cœur s’ouvre à la grâce, se repent, c’est à dire est touché et désire changer de comportement, alors tout devient possible.

Se repentir n’est pas avoir du remord, attitude qui ne construit rien et qui ronge de l’intérieur, mais c’est vivre comme une brisure du cœur, un changement de cap, une conversion.

Ce cœur, notre cœur, est si souvent rigide, dur, imperméable, porté à juger et à mépriser les autres.

Se convertir, c’est accepter de remettre en cause sa manière de vivre et d’être, d’abandonner sa propre vision pour regarder l’humanité à la manière de Dieu.

Oui, frères et sœurs, toute conversion exige un renoncement.

C’est ce que nous a dit saint Paul dans sa lettre aux Philippiens, il nous invite à renoncer à l’estime de soi pour vivre l’humilité et à prendre comme modèle Jésus Christ.

Puissions-nous chacune et chacun descendre au plus profond notre cœur, et avec l’aide de l’Esprit Saint, voir ce que Dieu veut que nous changions dans notre comportement, dans nos habitudes, dans nos relations familiales et professionnelles, dans notre communauté de vie.

Puisse l’Esprit Saint nous aider à discerner.

L’Evangile de ce jour nous a montré qu’il est possible de se convertir. C’est ce que la parabole du père avec ses deux fils nous apprend.

Le père leur a demandé d’aller travailler dans sa vigne, l’aîné a refusé mais par après il s’est détourné de sa mauvaise décision pour accomplir la volonté du père.

Le second lui a dit « oui » mais n’a pas mis en pratique sa décision.

L’évangéliste ne nous a pas dit ce qui a poussé l’aîné à se convertir et à exécuter la demande de son père.

Ce qui est certain, c’est que son père ne l’a pas contraint à obéir.

Au contraire c’est le fils lui-même qui a pris personnellement cette décision, en toute liberté.

Le comportement qu’il avait adopté au départ le privait d’une paix intérieure, d’une paix du cœur.

Ainsi a-t-il voulu retrouver cette paix intérieure et cette sérénité, en accomplissant la volonté du père.

Chères frères et sœurs, nous aussi, si souvent, nos choix, nos comportements, nos manques d’amour, nous privent de cette paix et cette joie intérieure. Si nous voulons retrouver cette paix qui vient du Christ,  lui qui est notre Paix, il est temps de nous convertir pour faire la volonté de notre Père, garder ses commandements, qui nous invitent tous à aimer.

Le Christ nous invite à une conversion permanente du cœur qui nous plonge sans cesse dans l’humilité.

Nous sommes une créature nouvelle dans le Christ quand nous sommes devenus, en lui, enfants de Dieu.

Croire la Parole, le Verbe de Dieu, c’est adhérer à lui, cela entraîne un retournement, une conversion ! « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi, » nous dit l’apôtre Paul.

Ainsi cette petite parabole nous emmène bien plus loin que nous n’aurions supposé. Elle nous conduit à examiner la qualité de notre relation à Dieu, mais aussi aux autres, à soi-même.

« Notre Père que ta volonté soit faite. », disons-nous maintes fois en priant. Oui Père, que ta volonté soit faite !… Mais que vaut ce “oui” ?

Peut-être n’est-il dicté que par l’habitude, ou notre éducation chrétienne, ou par la peur des réactions de Dieu en retour. Alors on dit oui, on s’incline et on attend que cela passe. Mais alors où est la repentance ?

 « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. » Ce n’est pas un travail forcé, mais une invitation : Viens à la vigne ! Viens à la fête !… , en toute liberté.

Que ta réponse favorable à cette invitation puisse te mettre en joie.

Aujourd’hui, chaque jour, c’est l’invitation que Dieu nous adresse personnellement. Il n’y a donc rien à programmer. Aucun plan à établir avec le Seigneur. Aujourd’hui il ne m’est demandé que d’ouvrir mon cœur, me rendre disponible et aller de l’avant car « Dieu m’aime et je suis son ami. »

Le Seigneur nous invite à vivre chaque instant de notre vie à son image, d’être accueillant et généreux, à aimer.

Dieu notre Père, si nous disons “oui” et ne faisons rien, c’est peut-être parce que ta volonté nous paraît écrasante, c’est peut-être parce que nous doutons de ton amour et que nous n’avons pas encore compris l’intensité de ton désir de nous unir à toi. Alors, prends pitié de nous, tes enfants. Que ton Esprit vienne briser nos cœurs durs et insensibles. Qu’il nous arrache à tant de liens qui nous entravent et nous paralysent. Et qu’il nous donne de courir sur tes chemins dans la douceur d’aimer et se savoir aimé.

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Méditation du 25e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 20, 1-16

« Soit reconnaissant pour ta vie » !

Par son enseignement en parabole, Jésus veut provoquer son auditoire et ses récits servent de révélateur. Il cherche à ouvrir les yeux et les cœurs de ceux qui l’interrogent tout comme à ceux qui l’écoutent parce qu’ils sont en quête de vérité. À l’image des contes de Grim, les paraboles renferment un enseignement de sagesse toujours au service de l’existence. Aujourd’hui, Jésus veut nous aider à surmonter sa jalousie. Elle est à l’origine de mensonges, de faussetés et déforme l’image que nous avons de Dieu.

Ainsi, la parabole des ouvriers de la 11e heure qui ne manque pas de susciter la jalousie et le mécontentement. Une provocation directe qui ne peut que renvoyer au blocage que vivent les disciples entre eux et avec Jésus, s’ils restent dans la comparaison de savoir qui est le plus grand.

Cette parabole suscite des contradictions : comment le maître peut-il être aussi injuste ? Les premiers ouvriers ont vraiment travaillé 11 heures durant et supporté la chaleur. Comment peut-il alors donner le même salaire à ceux qui n’ont travaillé qu’une heure ?

Mais nous énerver sur le comportement du maître nous fait découvrir notre propre attitude à l’égard de la vie. En pesant de la sorte, nous avouons malgré nous que nous préférions aussi ne pas avoir à travailler. Nous envions ceux qui ne se préoccupent pas de travailler à l’annonce de l’évangile. Ils passent leur vie à rester inactifs, à tourner dans la spirale infernale de leurs envies. Nous ignorons totalement ce qu’ils ressentent, à quel point leur vie est ennuyeuse et à quel point ils se perçoivent comme inutiles et superflus.

Les ouvriers de la première heure ont le sentiment que leur vie à un sens : pour une journée entière de travail, ils reçoivent le salaire convenu d’un denier, qui représentait à cette époque une juste rémunération. Mais en comparant leurs salaires à celui des autres ouvriers de la 3e, de la 6e, de la 9e et même de la 11e heure, ils affichent leur mécontentement et révèlent leur vrai problème : « Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure, et tu les traites à l’égal de nous, qui avons enduré le poids du jour et la chaleur ! » Ils avouent ainsi qu’ils ressentent le travail comme un poids pesant et lourd.

Si je réfère l’attitude des 1ers ouvriers à ma propre vie, cela signifie : je ressens ma vie comme un poids et pesant sur mes épaules. Je me retrouve toujours dans des situations conflictuelles. Et je dois faire des efforts pour vivre à peu près comme un bon chrétien. Car au fond, j’aimerais être tout autre, simplement me laisser vivre. Mais Jésus m’invite à changer mon regard. Je pourrais en effet envisager ma vie de manière différente et être reconnaissant de ce qu’elle ait un sens. En donnant sens à ma vie, je transforme la contrainte du travail en plaisir à travailler sur moi-même et à avancer dans ma croissance personnelle, humaine et spirituelle.

Aux griefs d’un ouvrier qui a travaillé pendant 11 heures, le maître répond : « Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ? Ou alors ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Les Pères de l’Église considéraient l’ouvrier de la 11e heure comme une image de l’accès de l’être humain à son unité et à son intégrité intérieure. Devenir un être humain à part entière, en accord avec son être et en harmonie avec son environnement, tel est le seul salaire. Cela est suffisant. Il est bon de viser ce but le plus tôt possible, dès la première heure de la vie.

Que celles et ceux qui s’y mettent que plus tard et qui apparemment restent là toute la journée à ne rien faire de leur vie, ne soit pas source de mépris et de jalousie en toi. Ils en souffrent eux-mêmes. En effet, la satisfaction profonde de travailler sur soi-même nous rend plus vivants, et notre joie, n’est-elle pas de voire venir autour de nous d’autres personnes qui trouvent la voie et l’accès au meilleur d’elles-mêmes, de trouver leur intégrité et leur harmonie intérieure, même si ce n’est que très tardivement ?

Au lieu de nous comparer aux autres et de les jalouser, mieux vaudrait rendre grâce pour la vie qui nous est donnée de vivre et nous réjouir pour les autres s’ils trouvent à un moment donné le chemin vers la vie. La parabole nous invite à réfléchir à la motivation qui nous pousse à travailler, à nous engager pour les autres, mais aussi à nous appliquer au travail sur nous-mêmes. Celui qui ne travaille pas à sa croissance personnelle souffre plutôt d’oisiveté, de tiédeur et de froideur. Si nous prenons plaisir à travailler, nous ne nous comparons plus à autrui. Mais si nous nous fâchons de ce que certains ne font rien de leur vie, vous avouons implicitement que nous aimerions faire de même.

Je vous souhaite à aller votre chemin avec reconnaissance, et à vous réjouir si d’autres réussissent également leur vie, quels que soient les errances et le chemin qu’ils empruntent.

Votre curé, Joseph SCHMETZ

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Méditation du 24e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu 18, 21-35 :

Chers frères et sœurs,

Les textes bibliques de ce dimanche insistent sur la nécessité du pardon.

Pardonner à ceux qui nous ont fait du mal, c’est contraire à la mentalité de notre monde. Nous le constatons tous les jours : “Une fois ça passe, deux fois ça lasse, trois fois ça casse !” Mais cette manière de faire est absolument contraire au message évangélique.

Avant de poursuivre, je voudrais vous livrer la définition du pardon, ce qu’est pardonner.

Le pardon est le résultat de l’acte de pardonner, la rémission d’une faute. C’est tenir une offense, une faute, pour nulle (ou l’excuser) et renoncer soit – au plan personnel – à en tirer vengeance, soit – au plan institutionnel – à poursuivre et à punir les responsables.

Pardonner ne signifie pas oublier. Au contraire, il faut se souvenir de l’offense pour pardonner. Mais, à l’inverse de la vengeance, qui refuse l’oubli pour inscrire de manière permanente une dette de haine, le pardon nous délivre de l’offense, nous libère d’un passé qui n’arrive pas à s’estomper.

Un vieux maître avait comparé une relation à une corde, qui se rompait lorsque la relation était brisée.

Après le temps nécessaire au pardon et lorsque cette relation s’établissait à nouveau, un nœud était fait dans la corde pour la reconstituer en une partie, symbole de la relation retrouvée.

Que pouvons-nous en déduire ? La corde est à nouveau en une pièce, mais la corde n’est plus la même qu’à l’état initial, un nœud y est présent et fait office de mémoire. Pardonner ne veut pas dire oublier. La corde est plus courte. Les deux personnes en relation se sont rapprochées.

Bien avant la venue de Jésus, nous l’avons entendu dans la première lecture, Ben Sirac écrivait : “Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur s’obstine”. Si 27, 3

Ce texte de l’Ancien Testament nous invite à dépasser le cercle vicieux de la haine, de la rancœur, de la vengeance, et à entrer dans une dimension vivifiante, de pardon et d’amour mutuel.

Ces paroles nous invitent à aller à contre-courant de la mentalité de notre société contemporaine, qui si souvent pratique la vengeance contre celles et ceux qui nous ont fait du mal, nous ont lésés.

Conscient de la dureté des cœurs, la loi du Talion – “œil pour œil, dent pour dent” – était déjà un progrès car cette loi limitait la vengeance.

Aujourd’hui, il ne s’agit plus de la limiter mais l’Ecriture nous invite à la refuser complètement.

C’est ce que nous découvrons dans l’Évangile de ce jour, Pierre pensait être généreux en pardonnant jusqu’à sept fois, sept étant un chiffre qui symbolise la perfection.

Mais dans son propos, Pierre reste encore dans la logique comptable.

Jésus, Lui, nous invite à aller bien plus loin. Il multiplie à l’infini le devoir de pardonner.

Pardonner jusqu’à “70 fois sept fois” veut dire pardonner encore et toujours pour chacune des offenses.

Ce que Jésus nous demande, Il l’a vécu jusqu’au bout : livré aux mains des hommes, Il a été bafoué, torturé et mis à mort, sur une croix. Mais il a pardonné.

Lui seul peut nous donner le courage d’aller jusqu’au bout de ce cheminement qui mène au pardon.

Pour mieux se faire comprendre, Jésus nous livre une parabole, une histoire en trois actes, où Dieu est comparé à un roi qui règle ses comptes avec ses serviteurs :

Premier acte : on amène au roi un de ses serviteurs qui lui doit une somme énorme.

La somme est telle que plusieurs vies ne suffiraient pas à rembourser la dette. Le serviteur implore un délai et le roi, pris de pitié, le laisse aller, lui remettant ainsi sa dette.

Deuxième acte : ce même serviteur fait l’inverse avec son propre débiteur : pour une dette dérisoire, il n’écoute pas la pitié, il ne parle même pas de délai, et le fait jeter en prison, jusqu’à ce que sa dette soit entièrement apurée.

Troisième acte :  le roi reproche à ce serviteur sa dureté de cœur : « Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

Et pourtant, Dieu ne se contente pas de nous accorder un délai. Il va jusqu’à nous faire grâce, tout cela au nom de l’Amour qu’il nous porte. L’Évangile nous dit qu’il est “saisi de pitié”, touché aux tripes pourrions-nous dire, saisi jusqu’ à en souffrir lui-même, à laisser une place à l’autre en Lui.

Quand Jésus se trouve devant un malade, un lépreux, un paralysé, c’est le cœur qui parle, Jésus est touché à un organe vital.

Le pardon est donné pour permettre un avenir à celui qui n’en a pas d’autres possibles, pour lui rendre vie.

Si le Seigneur se comporte ainsi à l’égard des hommes, c’est pour nous apprendre à suivre son exemple à l’égard de ceux qui nous ont fait souffrir, c’est pour nous inviter à faire de même.

Imiter Jésus, c’est abandonner sa rancune même justifiée, pour qu’elle ne se transforme pas en rancœur, de peur que notre cœur ne devienne “rance”, inapte à aimer en vérité.

Aujourd’hui, Jésus nous invite à tendre la main à l’offenseur pour l’aider à se relever.

Pardonner, c’est aimer, c’est repartir ensemble sur de nouvelles bases. Dieu est un Père qui aime chacun nous.

Son grand désir, c’est que nous, ses enfants, nous restions unis et solidaires. C’est pour cela qu’il nous a laissé ce grand commandement : “Aimez-vous les uns les autres COMME je vous ai aimés” (autant que je vous ai aimés, c’est à dire jusqu’au pardon).

N’oublions pas que Jésus nous a donné un sacrement pour accueillir son pardon : le sacrement de la réconciliation. N’hésitons pas à vivre cette grande proximité avec notre Père.

Chaque fois que nous nous adressons au prêtre pour le demander, c’est Jésus lui-même qui nous aide à nous rapprocher de Dieu son Père, notre Père.

Il vient renouveler en nous la grâce du baptême, rendre vie à nos corps meurtris.

C’est ainsi que nous retrouvons notre place d’enfants de Dieu, membre agissant du Corps du Christ, là où nous sommes, dans tous nos lieux de vie.

Dans la seconde lecture, saint Paul nous dit que ”nous ne nous appartenons pas à nous-mêmes”. ”Nous vivons et nous mourrons pour le Seigneur.

La miséricorde de Dieu est source de joie et de paix. Elle nous ouvre à l’espérance d’être aimés pour toujours malgré nos limites, nos faiblesses, nos manques d’amour, nos égarements, nos faux pas.

Je conclus cette homélie par cet extrait du Psaume 102, que je livre à votre méditation :

« Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le SEIGNEUR, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits.

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse. »

Guy Schyns

Méditation du 24e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu 18, 21-35 (J. Schmetz)

« Le pardon est un acte de libération »

Véritable enseignement sur le pardon, l’évangile de ce jour nous invite à la générosité en pardonnant.

Pierre demande à Jésus : « lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? » Pensant déjà être très large et généreux, il précise : « Jusqu’à sept fois ? »  Mais Jésus lui répond : « jusqu’à 70 fois sept fois » ; c’est-à-dire sans fin…  Alors Jésus raconte la parabole d’un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.  Le premier lui devait 10.000 Talents. Le produit annuel de l’impôt de la Galilée était de 900 talents par an. Vous pouvez alors facilement imaginer la somme scandaleuse et énorme que le roi remet à ce serviteur. Et le Roi a pitié : « Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette ».

En sortant, le serviteur acquitté rencontre son compagnon qui lui devait 100 dinars (ce qui vaut à 40€). Cette somme représente une toute petite partie de la dette, lorsqu’elle est comparée aux 10.000 talents, soit 40.000.000€.  Or, ce serviteur à qui le maitre a remis une si grosse dette se montre intransigeant et dur. Il fait jeter son compagnon en prison. C’est alors que le maître entre en colère. Il fait appeler ce serviteur et le traite de mauvais : « je t’avais remis toute cette dette…» C’est l’image du Dieu miséricordieux qui est lent à la colère et qui pardonne que Jésus révèle au serviteur qui malgré tout ce que Dieu a fait pour lui, c’est montré « petit » et misérable envers son frère à qui il refuse le pardon. Le maître lui fait la leçon : « je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié, de toi ? »

Certains chrétiens pensent qu’il faut toujours pardonner. On peut les blesser, les humilier ; leur tiédeur sera le devoir de pardonner toujours. Mais le pardon est un acte de libération. Il a besoin de 5 pas.

  • – 1re pas : c’est la reconnaissance de la blessure infligée. J’ai eu mal, tu m’as fait mal et je le ressens.
  • – 2e pas ; je peux accepter la colère qui monte en moi ; c’est une force pour me distancer de la personne qui m’a blessé. Je dois pouvoir faire sortir de moi cette souffrance de la blessure.
  • – 3e ; je peux chercher à comprendre ce qui s’est passé. Qu’elle était la raison et le motif de la faute ? Ai-je été blessé uniquement dans ma sensibilité, où bien c’est ma dignité et mon intégrité qui a été l’intention de l’autre. Lorsque je peux raisonner et me comprendre, c’est le réel qui vient m’informer et m’inviter à être pleinement moi-même. Le besoin de comprendre est nécessaire.
  • – 4e ; vient le pas du pardon. C’est un double acte de libération. Je me libère de l’impact négatif qu’a eu sur moi l’autre et j’éloigne l’accusation, la blessure ouverte en moi. Je me libère ensuite du pouvoir de l’autre sur moi. Si je ne pardonne pas, je garde en moi un lien avec l’accusateur qu’il vaut mieux lâcher pour être libre et vrai. En me séparant de cette blessure, Dieu me ressuscite.
  • – 5e le pas qui vient par ma force, transformer la blessure en perle fine. Alors, oui, j’ai été blessé, cela m’a fait mal et mis en colère. Mais, je ne me suis pas abattu et cassé. Je suis allé le chemin de la vérité en fidélité au meilleur de moi-même.

Ainsi, toute blessure peut devenir une perle lorsque nous pardonnons. Il est notre belle capacité à aimer et à comprendre l’autre en recherchant la raison dans une vérité de l’existence de chacun.

Je vous souhaite de vivre dans la confiance, pas-à-pas, des temps de réconciliation entre nous.

Votre curé, Joseph SCHMETZ

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Méditation du 23e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu 18, 15-20 :

« Si nous nous écoutons les uns les autres, alors nous sommes gagnants »

Dans le 18e chapitre de son évangile, saint Matthieu rapporte des paroles de Jésus qui présentent une règle de vie communautaire. Jésus indique un chemin pour un vivre ensemble qui peut concerner la famille, la vie en paroisse, les relations en entreprise ou en communauté.

Comment pouvons-nous progresser dans notre relation avec les autres au moment d’un conflit ?

Dans toute vie paroissiale, comme dans toute entreprise surgissent tôt ou tard des conflits. Jésus propose un chemin et une pédagogie étonnamment d’actualité.

« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère ».  On peut comprendre cette parole comme une invitation à l’écoute de l’autre, à laisser l’autre exprimer sa difficulté, sa souffrance ou sa frustration et sa blessure. Si ton frère à une vraie considération pour toi, une empathie sincère, une écoute humble et pauvre, alors tu as gagné ton frère. Les liens indispensables à la vie ensembles ne sont pas coupés et la sortie du rapport de force permet la communauté entre les personnes de revivre.

« S’il ne t’écoute pas, prends-en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins ». Il ne faut pas comprendre la mise en place d’une stratégie militaire où les plus forts écraseraient le plus faible. C’est n’est pas un rapport de force entre 3 contre 2 témoins. C’est pour Jésus plutôt une volonté de rechercher en présence d’autres personnes des aspects nouveaux au conflit, non pas à charge de l’un contre les autres. Ouvrir l’échange par l’apport d’avis extérieurs et d’expériences vécues par d’autres qui pourraient venir en aide au frère en difficulté. Par cette ouverture, les relations communautaires pourraient à nouveau exister et avancer.

« S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain », dira Jésus. Si une recherche de solution avec l’aide des autres ne modifie pas l’entêtement et l’obstination dans l’erreur de ton frère, alors il s’agit de l’écarter. Cette exclusion n’est pas un jugement du frère. Elle doit aider à faire apparaître l’endurcissement du cœur et veut manifester un départ comme une nouvelle chance pour le frère d’ouvrir enfin les yeux sur la réalité communautaire ainsi que sur sa part de responsabilité dans le conflit.

Il n’est jamais saint de vouloir arranger les affaires pour retrouver un semblant d’unité. Ce serait donner une image faussée de la communauté et du témoignage qu’elle est appelée à être dans le monde. Cela n’aiderait en rien le frère à avancer dans sa propre existence : il resterait fermé !

L’exclusion de la communauté pourra peut-être vraiment être une aide indispensable pour ouvrir et prendre la véritable mesure des conséquences d’un entêtement, ainsi que la mesure de la vraie part qu’a chacun dans le conflit.

Les paroles de Jésus dans l’évangile de ce jour sont d’une étonnante actualité. Elles sont un chemin qui nous apprend à gérer les conflits dans le quotidien.

La théologie actuelle nous invite à partager nos expériences chrétiennes et à témoigner de notre vie de chrétiens dans un monde laïque, athée et agnostique. Parler de sa foi aux autres n’est pas toujours écouté et peut vite basculer dans une volonté d’avoir raison contre tous !

En recherchant un vrai partage de nos expériences dans le respect des autres convictions et religions, nous ouvrons la voie au dialogue et à la rencontre. Il n’y a plus une volonté de s’imposer au-dessus des autres. Et si nous nous écoutons les uns les autres, alors nous sommes gagnants ! Nous sommes artisans de paix et nous prenons une véritable part à la construction de la fraternité universelle, à l’humanité que Dieu veut !

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Méditation du 22e Dim. A : Évangile selon Saint-Mathieu 16, 21-27

L’évangile d’aujourd’hui nous place face à nous-mêmes dans notre relation à Dieu : « Comment me comprendre en tant qu’être humain et comment dire Dieu ? Pierre – comme nous l’avons entendu dimanche dernier – a confessé Jésus comme le Messie, le fils du Dieu vivant. Effectivement Jésus nous révèle Dieu Vivant en tant que Dieu guérisseur et libérateur, en tant que Dieu tout proche et créateur-créant. Nous pouvons tous nous identifier à cette image positive de Dieu. Jésus confirme l’image de Dieu qu’a Pierre, mais il la corrige aussi. Dieu ne fait pas que guérir et libérer, il souffre en Jésus et probablement nous aussi. Pour nous, tout comme pour Pierre, c’est inacceptable que Dieu puisse souffrir. Notre image optimiste de Dieu ne laisse pas de place à la souffrance et à la mort. Alors, Jésus rejette catégoriquement Pierre, qui veut le dissuader de l’idée que le Dieu miséricordieux pourrait imposer à Jésus une souffrance :  » Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». Littéralement : « Hors de ma vue ».

Nous ressemblons tous à Pierre. Il y a des moments où nous réalisons qui est Dieu. Nous touchons son mystère et ressentons une profonde paix intérieure. Mais dès l’instant suivant, nous déformons notre vision de Dieu. Nos propres pensées et souhaits se mêlent à l’image que nous en avons. Nous n’arrivons pas à tenir dans la pensée de Dieu et nous pensons comme les gens nous suggèrent de l’aimer. Nos pensées ne viennent pas de Dieu, mais des attentes et des projections humaines. Tant que Dieu se comporte comme nous le souhaitons, nous pouvons, comme Pierre, confesser notre foi dans le Dieu libérateur, aimant et guérisseur. Mais dès que la souffrance nous atteint, cette trop belle image de Dieu s’effondre. L’annonce de Jésus à ses disciples qu’il allait souffrir et finalement être tué pousse Pierre à défendre son image de Dieu contre l’image qui apparaît dans les paroles et le destin de Jésus. Jésus doit donc corriger l’image de Dieu de Pierre et son image de l’homme.

Dieu donne la vie, il est le Dieu libérateur et guérisseur, Il a fait de nous ses fils et filles bien-aimés en Christ. Il n’y a aucun doute à ce sujet. Mais nous ne pouvons pas nous l’approprier. Nous ne pouvons pas l’utiliser pour nous sentir fort ou mieux. Dieu n’est pas celui qui réalise nos voeux. Dieu est très différent. Il est le tout autre Dieu qui s’exprime dans une compréhension différente de l’homme. L’image de soi et l’image de Dieu sont liées l’une à l’autre. Jésus commence par corriger l’image de l’homme pour que Pierre corrige à son tour l’image unilatérale qu’il avait de Dieu. N’avez-vous jamais observé dans les librairies, le succès des livres pour nous aider à réussir notre vie, comment s’épanouir et être heureux ? Ils ont pour titres : « Découvrir sa force intérieure », « Penser positivement »,  » Le chemin le plus court vers le bonheur « . Il s’agit toujours présenter l’humain qui se porte bien et qui tire le meilleur parti possible de sa vie. Pour Jésus, il n’en est pas ainsi. Ses paroles pourraient nous montrer aujourd’hui comment réussir dans la vie, comment nous libérer du stress que nous nous imposons pour réussir, et pour profiter de la vie.

Jésus parle du renoncement. Ce mot « renoncer » est à nos oreilles synonymes d’atteinte à la liberté et à l’ambition personnelle. Nombreuses les personnes qui confondent l’abnégation avec l’avilissement. Même si cette parole de Jésus a parfois été mal comprise, elle a néanmoins pris un nouveau sens aujourd’hui, face à un christianisme bourgeois et face à une spiritualité qui utilise Dieu pour son propre bien-être. Mais que veut nous dire Jésus ? Le mot grec utilisé par Saint-Matthieu signifie dire non, refuser. Celui qui veut être un disciple de Jésus doit se décider, il doit dire non aux tendances de sa psyché, qui ne veut que tout avoir, qui veut tout utiliser pour elle-même et qui veut s’affirmer sans limites. La vie spirituelle nous apprend une résistance au désir d’avoir et nous apprend à devenir un être humain. Celui qui ne fait que tourner autour de son ego n’atteindra jamais son centre. Devenir humain signifie pour Jésus lâcher les côtés étroits et accrocheurs de l’âme humaine.  Aller au centre et trouver son vrai moi, l’image unique de l’âme dans laquelle Dieu lui-même se reflète dans son indescriptible et incommensurable beauté. Pour se retrouver, j’ai besoin d’entrer en relation avec moi-même et de découvrir en moi la vie de l’être et ce que sont seulement les fantasmes de grandeur et les désirs infantiles.

Jésus apprend à Pierre et à nous aujourd’hui, le fonctionnement de la Vie. La vraie vie ne consiste pas à prendre pour soi-même et à fuir chaque défi. Vivre ne signifie pas qu’il faille traverser un maximum d’épreuves pour gagner le ciel. Celui qui veut vivre, qu’il écoute parler son cœur et suive l’élan fidèle aux inspirations de l’Esprit-Saint. Il est prêt à prendre la croix, à dire oui à ses propres contraires. La croix est une image qui exprime notre ambiguïté humaine. Nous avons en nous non seulement de l’amour, mais aussi de la haine. Nous ne sommes pas seulement disciplinés ; nous avons aussi des côtés indisciplinés. Nous n’avons pas uniquement des succès, mais connaissons des échecs. Nous sommes non seulement en bonne santé, mais aussi malades. Seul celui qui accepte le pôle opposé de ses côtés brillants devient vraiment humain. La croix signifie dire oui à ce qui me traverse au quotidien. Elle est une invitation à se libérer de la fixation sur ses propres idées sur la façon dont la vie devrait se dérouler. La croix me libère pour retrouver l’image que Dieu a de moi dans mon quotidien contrarié, dans mes échecs, dans les conflits et les ruptures quotidiennes. Celui qui prend sa croix ne brise pas sa vie, même si tant de choses sont brisées en lui et autour de lui. Dans toutes les aberrations et les détours d’une vie, c’est suivre la marche de Jésus qui sauve et qui est la vraie vie.

Les paroles de Jésus constituent un nouveau défi, surtout aujourd’hui, car nous risquons de courir après les nombreuses promesses de la vie. On nous promet de vivre pleinement notre vie si nous participons à l’un ou l’autre court, si nous apprenons l’une ou l’autre méthode. Là, on nous présente l’illusion que la vie est possible. Jésus s’y oppose : celui qui veut sauver sa vie la perdra, celui qui veut tout y mettre pour qu’il soit bien, sera toujours malade. Celui qui cherche la vie dans le monde extérieur ne la trouvera jamais. La vie ne s’achète pas. Elle n’existe pas dans l’argent et les possessions, dans le pouvoir et le prestige. La vie est plus que de l’or, c’est la chose la plus précieuse qui soit. Jésus veut nous instruire de la vraie vie, dans l’art de vivre en paix. La vie s’épanouit lorsque nous la laissons s’épanouir, lorsque nous lui donnons du temps, lorsque nous la laissons naître en nous, lorsque nous la percevons, la sentons, lorsque nous sommes suffisamment libres pour être dans l’instant. La vie n’est pas du côté de l’avoir, mais de l’être. Celui qui veut avoir Dieu ne le sentira jamais dans ses doigts. Dieu ne se laisse pas prendre. Il est indisponible. Il ne se montre qu’à celui qui peut lâcher ce qu’il veut avoir, qui s’éloigne de son ego tout-puissant, qui s’abstient de contrôler constamment ce que telle ou telle prière, telle ou telle méthode de méditation lui rapporteraient. Dieu n’apporte rien, il est simplement là. Et seul celui qui laisse Dieu être Dieu peut parfois le vivre comme celui qui libère vraiment, qui guérit vraiment nos blessures, qui nous attire dans le mystère de son amour et nous donne la pleine satisfaction, la vitalité, la plénitude de vie, la soif de vivre.  Amen

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Méditation du 21e Dim. A : Évangile selon saint-Matthieu, 16, 13-20
Jésus est le Messie qui nous libère.

Dans l’Évangile de ce jour, Jésus demande aux disciples : « Au dire des gens, qui est le Fils de l’homme ? » Les réponses des disciples pourraient être les nôtres. En effet, elles ne disent pas d’abord la nature divine qu’est Jésus. Ce sera par la suite que Jésus manifestera aux disciples le mystère divin qu’il est venu révéler aux humains. Écoutons les disciples et cherchons quel sens leurs réponses à Jésus pour nous aujourd’hui.

Pour les uns, Jésus est Jean le baptiste. Jean-Baptiste est une figure qui représente l’ascèse et le renoncement. Ils font effectivement bien partie des chemins vers l’expérience spirituelle et chrétienne. Jésus ne rejette pas l’ascétisme. D’ailleurs il peut être un chemin d’inclinaison à donner entièrement sa vie. Toutefois, Jésus apporte la vie sur la terre et non le renoncement par la voie ascétique.

Pour d’autres, Jésus est pris pour Élie. E1lie est un grand prophète. Jésus est également prophète. Avec Élie, le danger est de vouloir être celui qui a raison et qui s’entraine à être prêt pour la justice. On retrouve ce type de chrétien qui veut bien croire parce qu’ils ont toujours raison et qu’ils sont au-dessus des autres.

Troisièmement, d’autres prennent Jésus pour Jérémie. Jérémie est considéré comme le souffre-douleur. La souffrance est une expérience de Jésus qui vit sa passion. La souffrance donnera des formes déviantes aux spiritualités doloristes, expiatoires, jansénistes et autres… Ce n’est pas l’essentiel. La résurrection manifestant la victoire sur le mal, la mort et le péché est l’essentiel du message chrétien et de notre foi.

Alors, Jésus demande aux disciples : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre donne la réponse inspirée et dit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! »  Cette réponse comporte trois affirmations fortes de qui est Jésus. Il est le Messie qui nous libère. Il est Celui qui conduit vers une novelle terre, vers une nouvelle qualité de vie. Il nous libère de toute servitude et de toute dépendance. Il est le Fils du Dieu Vivant ! Cela signifie également notre dignité de filles et de fils de Dieu. C’est l’affirmation de notre existence, de sa source, de son fondement et le témoignage chrétien pour le monde.

La vie nouvelle que nous avons reçue atteste de l’existence de Dieu en nous. C’est Vivre qui est apparu sur la terre et seulement vivre nous libère, nous guéris de pas assez, de la mort. Celui qui veut rester dans des règles ascétiques, des rigidités spirituelles et des observances scrupuleuses de la spiritualité n’a pas compris l’Esprit de Jésus et du Dieu Vivant !

En ce temps de crise grave que nous traversons ensemble, le témoignage de notre vitalité est le signe donné à notre temps. J’aime rappeler la possibilité de transformer pour chacun les contraintes sanitaires en chemin d’attention à l’autre, de délicatesse fraternelle et d’un immense respect de sa vie.

Jésus loue Pierre et lui dit : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église… »  Par sa foi, Pierre offre à Jésus son champ, son terrain pour construire l’Église. Ce passage de l’évangile de Saint-Matthieu a souvent été utilisé pour justifier la papauté dans l’Église. Pourtant son intention n’était pas cela d’abord ! Mais plutôt d’enseigner aux chrétiens l’expérience de la rencontre personnelle du Dieu Vivant en l’humain. En effet, Pierre n’était pas un homme parfait. Mais la foi en Pierre, de l’expérience de la révélation du Dieu vivant en lui, du roc de sa vie est la clé qui ouvre sa vie et qu’il n’aura de cesse d’actionner pour ouvrir celle des autres. Pierre a vu et reconnu en Jésus le libérateur qui fait de nous des filles et des fils de Dieu. Jésus seul conduit à cette connaissance de la vie en nous. Il vient par son Esprit-Saint l’épanouir et lui faire porter du fruit.

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Marie, Icône de l’humanité visitée par la grâce.
Assomption de la Vierge Marie : évangile selon Saint-Luc 1, 39-56.
Saint-Luc présente Marie pressée d’entrer dans la maison de Zacharie et de saluer Élisabeth. Il est évident pour l’Église de voir au centre de la solennité de l’Assomption de Marie, sa relation intime avec son Dieu. Marie avait reçu la visite de l’ange Gabriel pour une mission à tous les âges et pour tous les peuples. Cette fête veut exprimer le consentement de Dieu à chaque être vivant. Aujourd’hui, nous célébrons par Marie la plénitude et la dignité de l’humain.

L’Assomption de la Vierge Marie dit de manière lapidaire qu’elle a été « prise » (assumpta) dans la gloire. Belle expression, empruntée à la Bible pour signifier les fins mystérieuses d’Hénoch (Gn 5, 24) et d’Élie (2 R2). Dieu les « prit » avec lui. Le mot latin assumptio vient du verbe ad-sumere « prendre pour soi », « tirer à soi ». Le dogme de l’Assomption proclame en Marie, déjà glorifiée en son corps et en son âme, celle « qui représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même que sur cette terre, en attendant la venue du Seigneur, elle brille déjà comme un signe d’espérance assurée et de consolation devant le peuple de Dieu en pèlerinage. » (Vatican II, Lumen Gentium 68).
« Au terme de sa vie terrestre, l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, a été prise corps et âme dans la gloire céleste ». C’est en ces termes que le 1er novembre 1950, fête de la Toussaint, le pape Pie XII définissait le dogme de l’Assomption de la Vierge.

L’empressement dans la nécessiter d’être toujours en visitation de Marie devient le besoin de l’Église d’annoncer Dieu à l’œuvre aujourd’hui. Il ne s’agit pas seulement de l’espoir pour dans l’au-delà, il s’agit du présent, il s’agit de l’incarnation en général, de la dignité de l’être humain, qui est basée sur le fait que nous sommes chez nous avec Dieu, corps et âme. Comme Marie, nous sommes entrés dans le temps de la Grâce.

L’Assomption de Marie est une Visitation universelle, personnelle, en permanence, au fond du cœur de chacun. L’expérience de Marie en nous, avec nous, inaugure notre maison. Marie est notre maison et nous sommes sa maison. En choisissant Maire, nous apprenons à voir comme elle voit. Elle nous apprend à travailler comme elle travaille, elle nous apprend à aimer comme elle aime… Il y a, tout simplement, cette émigration paisible, silencieuse, mais efficace et sûre qui se fait de l’un à l’autre quand on se fréquente. C’est l’Esprit-Saint qui remplit les ventres, et qui débordant de toute part, pousse à des audaces nouvelles qui libèrent et guérissent l’humanité souffrante et défigurée.

C’est au lendemain de la guerre 40-45 que Le pape Pie XII avait donné une réponse à la dégradation de l’humanité avec le dogme marial : une réponse à la brutalisation et au mépris de l’homme pendant la Seconde Guerre mondiale. 75 ans plus tard, la question de la dignité n’a rien perdu de son actualité. La dégradation de l’homme commence insidieusement aux confins de la vie, là où l’enfant est particulièrement sans défense, dans le besoin, où il n’a pas de lobby, où il est vulnérable et abandonné.

Les graves questions politiques sur un droit à l’avortement appellent à une vigilance humaine.

Mais aujourd’hui, les méthodes d’humiliation sont devenues différentes : plus subtiles, presque invisibles, mais d’autant plus efficaces. Et il s’agit aussi des petites dégradations que nous nous infligions les uns aux autres ou à nous-mêmes jour après jour.

La Vierge Marie couronnée d’étoiles est l’exemple le plus lumineux qui démontre la vérité de cette parole de l’Écriture : « Si nous participons à ses souffrances, nous participerons aussi à sa gloire » (Rm 8, 17)

Le 15 août, l’Église byzantine célèbre la fête de la Dormition de la Mère de Dieu. Les récits de la dormition font partie des récits apocryphes du Nouveau Testament qui constituent une littérature florissante aux premiers siècles de l’Église. L’essor des textes apocryphes sur la dormition de la Mère de Dieu est dû au concile d’Éphèse (431) qui fixa l’attention sur l’éminente dignité de la Vierge Marie appelée Théotokos.

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Chers frères et sœurs,
Les textes bibliques de ce 20ème Dimanche du Temps Ordinaire annoncent l’accessibilité à tous du Salut de Dieu.
Nous venons de l’entendre, dès la première lecture : « Ma Maison s’appellera Maison de prière pour tous les peuples. » Is 56, 7
Des paroles fortes et encourageantes, prononcées par saint Paul dans la deuxième lecture, vont dans le même sens : « Frères, je vous le dis à vous, qui étiez païens : dans la mesure même où je suis apôtre des païens, ce serait la gloire de mon ministère, de rendre un jour jaloux mes frères de race, et d’en sauver quelques-uns. … Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts ! » Rm 11, 13.15
Mais que nous dit Jésus dans l’extrait de l’Évangile selon saint Matthieu que vous venez d’entendre ?
Jésus se retire, cela laisse présager un moment important qu’Il se prépare à vivre.
Depuis la parabole de la multiplication des pains, Jésus a ressenti dramatiquement le malentendu avec l’attente des foules, qui ne comprennent pas, au fond, sa vraie mission. Désormais, Jésus semble les éviter, préférant se consacrer davantage à la formation du petit groupe de ses disciples.
En effet, Il quitte le territoire d’Israël, pays de mission que lui avait confié son Père, notre Père, pour se rendre en territoire païen, dans les régions de Tyr et de Sidon.
Deux grandes cités portuaires et commerçantes aux populations mélangées.
Le récit de la Cananéenne nous indique que la réputation de Jésus a franchi les frontières.
« Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David », c’est en ces termes, que cette femme s’adresse à Jésus.
C’est en territoire païen et venant d’une femme, que Jésus reçoit cette belle demande, cette prière.
Cette femme cananéenne s’adresse à Jésus au nom de sa foi, elle s’obstine et elle fait confiance.
Mais aussi au nom de l’amour, à l’image de Jésus lui-même, son amour pour sa fille souffrante.
Comment va réagir Jésus, Lui qui a dit : « Tout ce que vous demanderez vous sera accordé … frappez et l’on vous ouvrira . » Mt 7, 7
Dans un premier temps Jésus ne répondra rien.
Guy SCHYNS – Homélie 20ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année A – 20200816 Page 2
Pourquoi reste-t-il sans réponse à cette prière que lui adresse une pauvre maman dans la peine ?
La fin de ce récit nous éclairera davantage, mais nous pouvons déjà y percevoir quelques éléments.
Jésus n’aime pas être assimilé à un faiseur de miracles, d’ailleurs Il en a fait très peu.
Jésus n’aime pas être assimilé à un guérisseur.
Les miracles ou guérisons que Jésus a accompli sont des signes, et tout signe est ambigu et peut être mal interprété.
Voyant l’inaction de Jésus, les disciples l’interpellent : « Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris. »
Deux solutions s’offrent ici à Jésus :
 La première : immédiate, Jésus satisfait cette femme, nous n’en parlons plus, on s’en débarrasse, en d’autre termes affaire classée.
 Une seconde : celle que Jésus privilégiera, celle du dialogue, de la relation humaine non discriminatoire.
Ne nous arrive-t-il pas, à nous aussi, comme aux disciples, de prendre cette forme définitive, qui coupe toute amorce d’échange ?
Jésus sort de son silence et répond aux disciples: « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis d’Israël.»
Jésus ne répond rien dans un premier temps et ensuite, Il adresse un refus catégorique ! Surprenante cette attitude venant de Jésus.
Nous pourrions dans un premier temps être choqué par cette dureté de Jésus.
Connaissant l’affinité et la tendresse de Jésus pour les personnes fragilisées, cette attitude de Jésus doit être significative.
Mais que veut-il bien nous faire comprendre ?
Je vous invite à dépasser notre première impression pour découvrir ce que veut bien signifier cette expression : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël. »
Par cette formulation, Jésus signifie son attachement à la mission et à l’Amour de son Père, qui l’a envoyé pour une tâche précise et limitée.
Toute vie d’homme ou de femme est encadrée dans le temps et dans l’espace.
On ne peut être partout et tout faire.
Jésus ne s’est pas fixé lui-même sa mission, Il a été envoyé par son Père.
C’est son Père qui a délimité son champ d’action restreint, compatible avec ce que peut faire un homme seul pendant une vie courte, celle que Jésus a vécue.
Cette analyse fait résonner en moi cette réflexion faîte un jour par un Vicaire général émérite de notre diocèse : « On ne nous a pas demandé d’être présent partout » disait-il, dans le cadre des difficultés territoriales liées à la carence aujourd’hui des ministres ordonnés.
Jésus, à ce stade, se contente d’assumer humblement la tâche restreinte que lui a confiée son Père.
Membres du Corps du Christ, par le baptême que nous avons reçu dans l’eau et l’Esprit Saint, nous sommes des millions d’hommes et de femmes à travers le monde, disciples du Christ, appelés à être des témoins vivants, en paroles et en actes, de Jésus Christ et de son Evangile.
Guy SCHYNS – Homélie 20ème Dimanche du Temps Ordinaire – Année A – 20200816 Page 3
Nous mêmes, au lieu de nous figer sur nos rêves ou nos désirs, nous avons à accepter notre condition d’hommes et de femmes limités et enracinés là où nous sommes, où nous avons plantés les tentes de nos vies.
Nous pourrons ainsi pouvoir y réaliser la tâche particulière qui est la nôtre, et que nous sommes seuls à pouvoir faire.
Ne sommes-nous pas toujours tenter de rêver d’une vie ailleurs, de la vie des autres !
Mais toujours insatisfaite, la femme cananéenne, va s’adresser à nouveau à Jésus en se prosternant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
Remarquons cette insistance, cette persévérance dans la foi.
C’est ici qu’une mystérieuse relation va se nouer entre Jésus et la femme cananéenne, au plus profond des coeurs, malgré cette restriction historique, malgré cette apparence extérieure d’une relation brisée, d’un refus, d’un rejet.
Et nous, savons nous interpréter nos épreuves, au lieu de nous laisser décontenancer par les difficultés ? Savons-nous amplifier notre relation avec Dieu, dans la foi, dans une intimité plus grande avec Lui ?
Que va répondre Jésus à la cananéenne, au vu de son insistance, de sa progression dans la foi ?
« Il n’est pas bon de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. »
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réponse de Jésus est brutale, au premier abord, à la limite de l’insolence.
Alors qu’il y a 15 jours, dans l’épisode de la multiplication des pains, après avoir nourri la foule, il restait 12 paniers, symbolisant les 12 tribus d’Israël, toutes les nations, accessibilité à tous, profusion des dons de Dieu.
Appeler quelqu’un chien, est une injure grave en Orient.
Mais Jésus n’a pas dit … pour le donner aux chiens, mais bien … pour le donner aux petit chiens, assimilant ici la dimension domestique du chien et sa proximité avec son maître.
Remarquer ici cette proximité dans la foi de la cananéenne et de Jésus, visible par la réponse qu’elle va lui donner : « C’est vrai Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ».
Au vu de cette réponse, Jésus a compris la dimension divine de cette dernière, partagée entre Jésus, son Père et la cananéenne.
Ici la réponse de Jésus fut immédiate : « O femme, ta foi est grande ; Que tous se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Laissons-nous nous laisser interroger par cet Evangile. Pourquoi ai-je cette chance d’avoir la foi ? Pourquoi suis-je un privilégié, admis à manger le pain des enfants de Dieu ?
N’oublions-nous pas souvent de nombreuses personnes qui attendent que nous leur donnions de quoi se nourrir de cette nourriture divine ?
En ce dimanche, nous sommes tous invités à sortir de nos murs et à nous ouvrir à l’amour universel de Dieu pour tous les hommes. Nous ne pouvons pas nous enfermer dans nos perspectives étroites. La mission de l’Église n’est pas de se sauver elle-même mais de sauver le monde.
En ce jour, nous te supplions, Seigneur : Donne-nous un coeur généreux afin d’accueillir tous ceux que tu mettras sur notre chemin. Amen

L’Évangile présente Jésus marchant

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Méditation du 19e Dim. A : évangile selon Saint-Matthieu, 14, 22-33

sur les eaux de la mer. Les disciples bouleversés crient au fantôme.

Ce langage imagé renvoi au bateau de la vie, de notre l’existence humaine. Le 27 mars dernier, alors qu’éclatait dans le monde la pandémie du covid-19, le Pape François commentait l’évangile de la tempête apaisée de Marc 4, avant la bénédiction extraordinaire Urbi et Orbi. « D’épaisses ténèbres couvent nos places, nos routes et nos villes ; elles se sont emparées de nos vies en remplissant tout d’un silence assourdissant et d’un vide désolant, qui paralyse tout sur son passage… Nous nous retrouvons apeurés et perdus », disait-il. Effectivement, lorsqu’embarqué sur l’eau sans pouvoir nager, nous rend vulnérable.  Dépassés et impuissants, nous coulons dans notre propre univers fait de fantômes et des esprits.

Déjà Jean Cassien, le fondateur, au Ve siècle, de l’abbaye Saint-Victor à Marseille, considérait la vie comme un bateau à mener à bon port, porté par le souffle de l’Esprit, avec le discernement comme boussole dans le but d’éviter les récifs de la tentation. Une métaphore qui concerne finalement aussi bien les moines du Ve siècle que les hommes et les femmes du XXIe, et qui invite à tenir la barre de sa propre vie.

Qui parmi nous n’a pas traversé des périodes d’angoisse, d’insomnie, de remise en question, de dépression, de révolte ou de colère contre la terre entière ? La tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. La tempête révèle toutes les volontés de puissance cachées qui nous ont coupés de ce qui a nourri l’âme d’existences. Le réveil de l’inconscient en nous peut susciter un trouble du comportement et de la peur face à l’inconnu. Les disciples bouleversés nous ressemblent lorsque l’appel à venir à Dieu dérange nos zones de confort, nos rites, nos habitudes.

Jésus est resté là pour prier et à la 4e veille, à la fin de la nuit, il vint vers eux en marchant sur la mer. Cette image traduit notre vie spirituelle, lorsque nous ressentons la crise du réveil intérieur, ou bien lorsque nous traversons une nouvelle étape dans notre croissance personnelle.

En venant vers eux, sans craindre leur état intérieur troublé et apeuré. « Confiance ! C’est moi ; n’ayez pas peur », leur dit alors Jésus. Pierre retrouve aussitôt confiance en lui et lui demande : « si c’est toi, ordonne-moi de venir vers toi ». Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descend de la barque et il peut marcher sur les eaux aussi longtemps qu’il tient son regard fixé sur Jésus. Mais dès qu’il retourne son regard sur la mer, il commence à enfoncer. Belle image qui renvoie à notre Foi en Dieu qui tient dans le regard. « Laisse-toi regarder par le Christ, car Il t’aime ! », chantons-nous si souvent…

Une fois embarqué avec les disciples dans le bateau, le vent tomba. Par cette image, Saint-Matthieu veut nous aider à accueillir Jésus personnellement dans nos vies. Il nous enseigne comment embarquer Dieu dans le bateau de notre existence pour aller le chemin de la Vie éternelle, le chemin vers notre port d’attache : « vers mon Père et votre Père », disait souvent Jésus à ses disciples.

Chacun de nous connait des personnes qui ne sont jamais en paix. Elles ne sont jamais satisfaites avec elles-mêmes et leurs présences sont source de tension et de conflit.

Il y a une trentaine d’années, j’ai connu un jeune homme qui avait décidé de quitter l’Église. Il croyait que Dieu n’était pas important dans la vie et qu’Il ne lui manquait pas. Mais, dans son comportement, on pouvait facilement lire une agitation intérieure et une insatisfaction profonde de ne pas être en paix avec soi-même. Un de ses bons amis lui dit alors : « ton agitation intérieure va te rendre malade et tu finiras par devenir fou !» Lors d’une retraite dans un monastère, il choisit d’ouvrir la blessure spirituelle. Il accepta de laisser Dieu embarquer à nouveau dans sa vie. Il fut bouleversé par la venue de la lumière en lui. Quelques semaines plus tard, il a retrouvé la vraie Paix intérieure et la joie est revenue dans son cœur.

Je vous souhaite de laisser Jésus embarquer dans votre vie et que les crises, les tempêtes intérieures n’aient plus la force de vous renverser. Je vous souhaite de ne pas avoir peur de Sa présence en vous pour contrer les vagues. Alors vous marcherez sur l’eau, comme Jésus pour aller à Dieu.

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Méditation du 18e Dim. A ; de l’Évangile selon Saint-Matthieu 14, 13-21
Donnez-leur à manger !

 Dans l’évangile de la multiplication des pains que nous proclamons en ce jour, saint Matthieu marque une nouvelle étape de la vie de Jésus : Il se met en chemin vers Jérusalem. Il veut donner à sa communauté un enseignement particulier. Matthieu souligne que Jésus est saisi de compassion envers la foule de gens.

Les gens sont guéris par les paroles en paraboles et les gestes de salut que pose Jésus. Dans ce sens, la multiplication des pains vient elle aussi sauver de la faim et guérir des blessures des gens qui le suivent. Dans ce récit, Jésus est présenté une nouvelle fois comme Celui qui vient sauver et guérir.

 Alors que le chassé-croisé entre les juilletistes et les aoûtiens correspond cette année avec la montée sensible de la courbe des infections par la covid-19, notre compassion envers nos aînés confinés depuis mars dans les maisons de repos nous rappelle l’urgence et la valeur de la vie, mais aussi de grand privilège d’être des 100 premières personnes autorisées à célébrer l’Eucharistie dans cette église. « …rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur », nous dit saint Paul. Toutefois, si regarder une messe télévisée, c’est déjà quelque chose ; ce n’est pas pour ça que vous aurez mangé ! La communauté limitée à 100 fidèles est coupée de ses membres malades et absents, et de celles et ceux qui sont renvoyés à la maison…

Demandons à l’Esprit de savoir lire le signe donné à notre temps ?

 Le récit de la multiplication des pains est décrit de la même façon que le récit de la dernière cène : « il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule ». Chaque Eucharistie est bien le lieu où nous recevons le pain que Jésus nous offre. Tout comme les cinq pains, qui sont le rappel du signe des plaies de l’amour de Jésus, Lui qui ira jusqu’au bout pour nous, et les 5000 hommes présents, il s’agit d’abord d’y reconnaître un repas de noces et un signe d’Amour avec la foule.

Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger ». N’est-ce pas notre défi ? Comment dépasser nos peurs, sortir de nos ornières, changer nos habitudes et donner quelque chose de nous-mêmes à la foule qui nourrit vraiment ?

 La prière eucharistique pour des circonstances particulières nous fait prier : « Donne à tous les membres de l’Église de savoir lire les signes des temps à la lumière de la foi, et de se dépenser sans relâche… attentifs aux besoins de tous ». Demandons à Dieu d’ouvrir nos yeux à toute détresse et de nous inspirer la parole et le geste qui conviennent pour soutenir notre prochain dans la peine ou dans l’épreuve. Voulant construire la fraternité universelle, nous avons reçu de Dieu un pain qui nourrit, qui donne du sens et qui libère de la maladie, de la mort.

 Saint Matthieu termine par cette image : « On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins ». Le chiffre 12 est symbolique de la communauté nouvelle fondée par Jésus. Cette communauté des disciples du Seigneur reçoit la mission d’annoncer le Règne de Dieu et de produire des signes d’espérances. L’Église peut-être cette communauté qui a pour loi le service mutuel avec un cœur sincère selon l’exemple et la parole du Christ lui-même.

 Je vous souhaite un bon temps de vacances, particulièrement aux étincelles du Patro de Welkenraedt parti au camp à Fraiture dans le Condroz pour 10 jours. Je vous souhaite de découvrir la joie et le bonheur de donner quelque chose de soi en nourriture à la foule de celles et ceux qui ont peur et perdent le sens du chemin qui conduit jusqu’à l’autre, jusqu’à Dieu.

 Merci à celles et ceux qui, donnant leurs jambes à Jésus, Lui permettent de rejoindre nos sœurs et frères malades, isolés et fragilisés par la maladie, l’angoisse et la solitude accentuées par la pandémie que nous connaissons.

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Méditation du 17e Dim. A : Évangile selon Saint-Matthieu, 13, 44-52
Transformer les blessures en perles.

Il leur parlait en paraboles et elles fascinaient son public, malgré leurs caractères provocateurs. Par ses images, Jésus invite à la conversion du regard sur soi-même, sur les autres et sur Dieu. Pour le rendre à lui-même, Jésus cherche notre cœur, notre noyau central en mettant face à face le Soi et l’ego.

Ces deux aspects de notre vie, nous les retrouvons dans des deux paraboles du trésor caché et de la perle précieuse. Jésus nous montre comment et où trouver le vrai Soi représenté par le trésor et la perle.

Le trésor est caché dans le champ. Nous devons creuser en pleine terre de notre âme. Celui qui creuse la terre se salit les mains. Le champ, la terre symbolise la dimension terrestre de l’être humain, y compris ses zones d’ombres. D’une part nous associons à la terre une idée de saleté ; mais nous lui associons aussi la fécondité. C’est sur le champ qui pousse et croît le grain. Tout cultivateur apprécie la bonne terre arable. Il aime en prendre dans ses mains, la soupeser, se sentir. Ce contact avec la terre laisse plutôt indifférents les citadins qui préfèrent les routes goudronnées.

Selon Jésus, notre véritable Soi gît caché dans notre bonne terre. Il nous faut creuser en profondeur pour y avoir accès. Cela signifie qu’il faut mettre la main dans le cambouis et vouloir se salir les mains. Il faut vouloir creuser nos peurs, nos dépressions, nos conflits et le chaos qui sont en nous pour parvenir au tréfonds de notre âme. Beaucoup de gens veulent bien voir le trésor au fond d’eux-mêmes, mais sans vouloir se salir les mains. Les psychologues appellent cela le raccourci spirituel ou encore, le spirituel bypassing (en se contournant). Ils veulent arriver au trésor sans traverser la réalité de l’existence faite de joies et de souffrances. Jésus veut nous donner le courage et la joie de rechercher notre véritable Soi en creusant jusqu’au plus profond nos expériences et nos rencontres.

L’image de la perle précieuse, qui amène un marchand à vendre tout ce qu’il possède, nous montre un autre chemin vers le vrai Soi. La perle se développe et grandit dans les blessures de l’huître. Sur notre chemin spirituel et sur celui de notre individualisation, il importe de découvrir la perle précisément dans les blessures de l’histoire de notre vie.

Henry Nouwen, spécialiste de théologie pastorale dit : « les ruptures et blessures que nous portons en nous brisent aussi les masques que nous avons mis sur nos visages et font apparaître notre vrai Soi. »

Nous cessons alors de nous cacher derrière une façade. Nous laissons nos blessures faire éclater les cuirasses dont nous avons entouré notre cœur pour nous protéger de la souffrance.

Jésus nous invite d’abord à découvrir, dans les blessures, la perle, notre vrai Soi. Dès que nous l’aurons trouvée, la blessure cessera de nous faire mal. Mais elle demeurera. Hildegard von Bingen avait bien compris cette parabole. Elle disait que le but même de l’accès à notre pleine humanité consiste à transformer les blessures en perles. N’est-ce pas précisément dans nos blessures que sont nées nos capacités à mieux comprendre les autres, à mieux les aimer et à pouvoir les accompagner sur leur route ?

Ses deux paraboles du trésor caché et de la perle précieuse transforment notre façon de considérer le chemin vers la connaissance de Soi. Nous comptions trouver le Soi par un cheminement intellectuel ou grâce aux méthodes thérapeutiques ou spirituelles. Mais Jésus nous montre le chemin de l’humilité : le chemin vers notre propre intériorité où nous rencontrons nos parts d’ombre, l’enracinement terrien de notre vie, de même que nos blessures. C’est là que gisent le trésor et la perle précieuse, c’est là que nous avons une chance de rejoindre notre vrai « Je ». Certains ont l’impression qu’ils ne font que creuser et se salir les mains. Qu’ils ne désespèrent pas, et continuent à creuser avec confiance. Un beau jour le trésor caché en eux, la vie de l’âme coulera comme la source qui féconde la bonne graine.

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Méditation du 16e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 24-43S
Semons du grain non purifié

Nous entendons aujourd’hui la parabole de l’ivraie et du blé. Elle est une belle image pour nous apprendre comment gérer nos zones d’ombre. L’être humain est intérieurement structuré par des pôles antagonistes. Il porta en lui l’amour et l’agressivité, la raison et le sentiment, la gentillesse et la dureté, l’animus et l’anima, les pôles psychiques féminins et masculins. Souvent, nous ne vivons qu’un des deux pôles et refoulons l’autre. Mais tant que l’autre pôle demeure refoulé dans l’ombre, il a des effets destructeurs. Le sentiment refoulé, par exemple, se manifeste alors sous la forme d’une sentimentalité qui nous submerge. Et l’agression refoulée s’exprime souvent par le biais de maladies.

C’est un tel choc que ressentent également dans la parabole, les serviteurs du maître qui avait fait semer du bon grain dans son champ. « Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ? »  Il leur dit : « C’est un ennemi qui a fait cela ».

Nous sommes persuadés que nous avons semé de la bonne graine dans le champ de notre âme. Mais nous découvrons également de l’ivraie au milieu du froment. Comme les serviteurs, nous aimerions l’arracher nous-mêmes et tout de suite. Mais le maître leur dit : « Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier ».

Nous voulons être que bons et impeccables, mais nous sentons notre penchant vers le mal. Nous voulons être exclusivement aimables et nous nous apercevons que des sentiments de haine et de vengeance nous animent aussi. Nous sommes effrayés de l’ivraie et gardons la tentation de vouloir l’arracher sur-le-champ. Mais en le faisant, nous arracherions en même temps le froment. L’ivraie dont parle ici Jésus est ladite ivraie annuelle (lolium perenne) qui ressemble au froment et dont les racines s’entremêlent à celles du froment.

Si l’on voulait, par souci de perfectionnisme, arracher de notre âme toute forme d’ivraie, nous ne pourrions pas non plus récolter du froment, et la vie deviendrait stérile, sans fruit. La fécondité de notre vie n’est jamais l’expression d’une existence absolument parfaite, mais découle de la confiance que le froment est plus résistant que l’ivraie, qu’il nous est possible d’empêcher de prendre racine en nous et que nous pouvons écarter de nous.

Dans la tradition monastique, on comprenait très bien cette parabole et on racontait cette histoire.

Un jeune novice dit à son maître :

  • Chaque fois que je fais quelque chose de bon, les démons surgissent en moi et viennent jeter le doute. Lorsque je prie, ils me disent que je suis démonstratif ; lorsque je rends service, ils me disent que je cherche à me mettre en avant pour me faire remarquer. Toutes mes bonnes actions sont mêlées aux mauvais sentiments et ne valent pas la peine.
  • Eh bien oui, dit le maître. Écoute cette histoire : « Dans une ville, il y avait deux fermiers. Tous les deux voulaient sortir et semer du blé. Mais, ils remarquèrent que le grain était non épuré. Le premier dit : « je ne sème pas du grain non épuré dans mon champ ». L’autre avait jeté en terre tout son grain. Un an plus tard survint une famine dans la ville. Lequel des deux fermiers avait de quoi manger ? »
  • Le jeune novice répondit : « celui qui avait semé le grain non épuré »
  • Alors le maître lui répondit : « viens, semons les grains non épurés pour avoir quelque chose à manger ».

Effectivement, toutes nos actions sont quelque part égoïstes, et nous ne devons pas nous mentir. Mais si nous restons humbles avec nous-mêmes et que nous reconnaissons que c’est bien nous, alors nous pouvons donner le meilleur de nous-mêmes, car ce qui importe avant tout, n’est-ce pas que tous aient quelque chose à manger ?  Oui, donnons le meilleur de nous-mêmes pour nourrir les autres et rester un signe d’espérance au cœur du monde.

Je vous souhaite d’avoir l’audace de semer la semence, même non épurée pour vous épanouir et que personne ne soit sans nourriture, sans la joie de connaître Dieu.

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« Méditation du 15e Dim. A : Évangile selon saint-Mathieu 13, 1-23

La façon dont nous nous percevons dépend des images intérieures que nous portons en nous. Dans les conversations, j’entends souvent dire que les gens sont malheureux. Quand je demande pourquoi, c’est souvent parce que les images qu’ils ont d’eux-mêmes et de la vie ne correspondent pas à la réalité. Dans les paraboles, Jésus veut nous libérer des images qui nous rendent malades et nous offrir des images de guérison. Dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus nous invite à regarder dans notre propre vie les images négatives qui nous empêchent de réussir. Et il nous dessine une image d’espoir pour l’épanouissement de notre vie avec des fruits.

 « Voici que le semeur est sorti pour semer ». Cette image de l’agriculture, tout le monde la comprend. Lorsque l’enseignant espère que la graine qu’il sème dans l’esprit des élèves finira par porter ses fruits. Ou bien, lorsque des parents espèrent que ce qu’ils ont semé ne sera pas perdu, même si parfois ils ne voient pas immédiatement les fruits de l’éducation chez l’enfant. Dans sa prédication, Jésus se sert de l’image des semailles pour nous monter la fécondité de sa parole et des fruits qu’elle porte. Mais Jésus décrit aussi trois obstacles que nous rencontrons. Ces obstacles empêchent la parole de Dieu, mais aussi les bonnes paroles d’autrui, de pénétrer au plus profond de notre âme et de porter du fruit.

 « Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin ». Sur le chemin, les graines ne peuvent pas pénétrer dans la terre. Le chemin est une image pour notre activité. Nous piétinons notre vie d’intériorité avec toutes sortes d’activités. Nous sommes tellement occupés par des choses extérieures que la parole de Jésus n’a aucune chance de nous toucher. Nous ne vivons qu’en surface, déconnectés de nous-même. Les oiseaux du ciel mangent la semence. Les oiseaux représentent les nombreuses pensées qui nous distraient et traversent la tête.

 « D’autres sont tombés sur le sol pierreux ». Le sol pierreux est une image qui renvoie aux émotions. La Parole de Dieu ne pénètre qu’en surface de nous-même. L’enthousiasme nous emporte. C’est la tyrannie des envies qui nous ferme à la profondeur du cœur. La graine ne peut pas prendre racine.

Notre foi a besoin de racines. Elles sont les expériences de foi de nos parents et grands-parents, nos ancêtres. Celui qui veut pénétrer dans les profondeurs de l’histoire de sa vie, va à la rencontre de ses racines. « La dépression s’explique souvent par un manque d’enracinement dans sa vie personnelle », disait le psychiatre suisse Daniel Hell. Dieu vous invite à connaître les racines de la foi en nous.

Sa Parole porte du fruit en nous. Réfléchissons un instant : nous sommes assis masqué dans l’église de … Imaginez maintenant quel fut le partage de la foi qui a soutenu cette paroisse pendant 800 ans ! Et le nombre incalculable d’enfants, d’hommes et de femmes qui ont cherché Dieu !  Aujourd’hui, il n’est pas faux d’affirmer que nous avons une part de leur foi. Ainsi notre foi prend racine. Saint Benoît de Nursie, moine et patron de l’Europe que nous fêtons ce 11 juillet, fut le fondateur du monachisme et de l’ordre des Bénédictins. Une figure toujours très actuelle. « L’Europe retrouve l’espérance lorsque l’homme est au centre de ses institutions », disait SS le Pape François. Saint-Benoît, priez pour nous ! »

 « D’autres sont tombés dans les ronces ». Les ronces sont comparées au souci, aux préoccupations journalières et au tourment de ce monde. Constamment préoccupés par l’avenir, par notre santé, par nos finances. Les Grecs connaissent deux mots. Jésus parle ici de « merimna ». Merimna signifie l’inquiétude pleine de peur et de chagrin, la préoccupation et la peur de l’existence. Le « Meletan », en revanche, est le soin affectueux des parents pour leurs enfants. Cela signifie avoir du cœur pour les autres.

Il y a des gens qui ne sont pas libres et sont en permanence préoccupés. Ils ne sont pas ouverts au message évangélique, aux paroles d’espoir et de confiance. Les nombreux soucis étouffent la graine. La Parole de Dieu ne peut pas grandir en eux. Les épines qui piquent sont aussi une image des blessures que nous avons subies. Ces personnes tournent constamment autour des blessures de leur passé. La blessure pourrait bien devenir une porte d’entrée pour la Parole de Jésus. Mais lorsque nous fouillons dans nos blessures, lorsque nous regrettons constamment que les autres nous aient blessés si profondément, alors nous nous fermons à la transformation que la Parole de Dieu veut opérer en nous.

 « D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un ». Pour les Pères de l’Église, la terre fertile est le fondement de notre âme. La parole de Jésus doit pénétrer au plus profond de notre âme, à travers toutes nos émotions et nos passions. Là seulement, elle va s’épanouir. Ce fondement de l’âme, cette terre fertile est en chacun de nous. Avec les trois premières images, Jésus veut nous exhorter à fouiller notre conscience, là où nous avons piétiné notre âme, où nous laissons la Parole de Dieu entrer seulement au niveau de nos émotions, mais pas au fond de l’âme, et où nos soucis étouffent la graine.

Par la quatrième image, Jésus veut nous donner de l’espoir. Matthieu pense ici au lien entre l’écoute et l’action. La parole de Jésus porte son fruit en nous lorsque nous faisons ce que nous entendons. Mais pour moi, quelque chose d’autre apparaît dans cette image : la vitalité et la fécondité sont les signes d’une véritable vie spirituelle. Celui qui se laisse transformer par Dieu est reconnaissable par une fertilité, une vitalité, une imagination et une créativité saine.

La psychologie d’aujourd’hui a deux images pour dire la réussite de la vie : le flux, quand la vie coule, quand tout est en mouvement unifié et paisible, et l’épanouissement, lorsque la vie s’épanouit et ouverte, nous rend profondément heureux, ainsi que les autres autour de nous.

 Ainsi, je vous souhaite l’épanouissement et de porter du fruit, pour être une bénédiction pour les autres. Celui qui ne regarde constamment que ses erreurs ou regarde pour voir s’il a accompli tous les commandements, n’a pas compris l’effet fécond des paroles de Jésus, n’a pas saisi le mystère de Jésus dans sa vie.  Amen

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Méditation du 14e dim. A : év:angile selon saint Matthieu 11, 25-30
La vérité vous rendra libre

Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous promet le repos pour l’âme. Beaucoup cherchent le repos et les vacances sont un temps de repos souvent d’ailleurs bien mérité…

Ici, le repos est promis à celles et ceux qui peinent, qui se plaignent du lourd fardeau et qui en ont plein de dos. On rencontre parfois des personnes tendues par la vie, qui s’efforcent à être toujours parfaites et qui ont besoin de prouver qu’elles y arriveront quand même, à force de volonté et de travail. Elles fonctionnent à force de : il faut que tout soit impeccable, tu dois être positif, tu dois être gaie et joyeux, tu dois péter la forme, il faut faire ainsi parce que c’est un principe dans la famille, etc. Il s’agit de celles et ceux qui mettent la pression et qui placent leur existence dans les lois et les contraintes personnelles. On peut facilement les reconnaitre : elles se mettent la vie sur le dos et avancent comme des chevaux de trait devant tirer le poids du monde.

 Jésus promet le repos, et il nous indique un chemin pour y aller. Le disciple n’a pas peur du calme et des profondeurs de l’océan, alors que la tempête secoue et secoue en surface. Ainsi, si beaucoup veulent bien le repos, ils redoutent le calme et le silence. Ils sont pris de panique à l’idée d’être confronté à leur vérité intérieure et aux tempêtes personnelles.

 Jésus nous invite à apprendre de lui : « Je suis doux et humble de cœur ». Pour trouver le vrai repos, il faut être humble et doux. L’humilité, qui signifie l’expérience de ma terre est l’acceptation de soi. Elle est notre capacité à accepter le réel comme il est, que ce réel reflète des aspects positifs, des aspects négatifs ou des limites constitutives. Quand on s’est lâché au réel et qu’on l’accepte humblement, on se sent détendu et en repos, on entre dans la paix en soi.

La douceur est proche de l’expérience de l’humilité. C’est vivre une docilité intérieure. « Doux comme un agneau », se dit d’une personne qui est pleine de bonté, qui à de l’indulgence pour elle-même d’abord…

 Il n’est pas facile d’entrer en relation avec celles et ceux qui ne vivent qu’un seul côté de leur personnalité : soit, qu’ils sont uniquement intellectuels, ou bien seulement performantes ou productives. Jésus nous apprend le chemin de l’unification de nos vies riches des expériences qui l’ont fait apparaître. Il s’agit bien d’accepter de tout prendre en nous, nos qualités et nos dons, nos limites, nos forces, nos faiblesses, nos réussites, nos échecs toute la vie comme elle est, et non pas comme je l’ai rêvée. Alors, rien n’est nié et refoulé, oublié et caché. Dans la sagesse, je peux être à l’école du réel pour apprendre la véritable humilité et douceur dans ma vie de disciple.

 Rencontrer l’autre, les actualités et le réel n’est plus un fardeau. La promesse de Jésus se réalise déjà pour le disciple libre et ouvert à l’esprit. Jésus dit : « je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme ».

Effectivement, Jésus ne charge pas les épaules des gens avec des fardeaux, des lois et des dévotions pour lui. Le disciple découvre un chemin de vérité qui rend libre dans l’humilité et la douceur du réel. Cette acceptation devient sa prière d’offrande, car il croit en Dieu bon et Lui présente ce réel intérieur pour connaître le repos de l’âme dès maintenant, là tout de suite.

 Dans leur lettre du 29 juin dernier, les évêques de Belgique nous invitent à offrir une espérance au monde et à demeurer en éveil, à ne pas cesser de rester créatifs.

« Ensemble, continuons à rendre nos communautés plus belles, parce que plus fraternelles, plus sensibles aux blessures de chacun et aux soifs de ce monde. Continuons de soigner nos célébrations pour qu’elles soient source d’intériorité et d’engagement. Voilà que demain pointe déjà le jour. Le monde d’après sera-t-il différent du monde d’hier ? Là où il se trouve, chacun a en tout cas le pouvoir de le rendre meilleur. L’épreuve nous a d’ailleurs permis d’identifier quelques défis majeurs pour notre temps. Comment apporter notre soutien aux victimes d’une crise sociale dont nous commençons seulement à percevoir les effets ? En particulier, comment accompagner les jeunes et nous montrer solidaires des personnes âgées, si souvent frappées par la solitude ? Comment offrir une place à ceux que notre société tend à laisser de côté ou aux portes de nos frontières ? Comment donner considération et dignité à ceux qui travaillent au service de tous, trop souvent dans la précarité ? Comment chercher du sens et cultiver l’espérance face aux incertitudes ? Comment accueillir et respecter la vulnérabilité de nos vies ? Comment nous engager face à l’immensité des défis écologiques, sociaux, économiques ?

Sur aucune de ces questions, nous n’avons de formule magique. Mais nous pouvons puiser dans notre foi et nos partages communautaires des ressources pour discerner, et pour agir aux côtés des autres individus et groupes de notre société. Nous invitons les communautés chrétiennes à s’engager, d’un même élan, dans le cœur de Dieu et au cœur du monde ».

Je vous souhaite d’apprendre ensemble à lire les signes du temps et à grandir dans la fidélité aux appels de la voie de l’Esprit-Saint.

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