Homélie du 27e dimanche A, le 3 octobre 2020 par +Jean-Pierre Delville, évêque de Liège à Welkenraedt.

Chers Frères et Sœurs, chers Confirmands,

C’est une joie pour moi de me retrouver avec vous pour cette célébration de la confirmation. Vous les confirmands, vous m’avez écrit de belles lettres pour me présenter votre raison d’être confirmés. L’un d’entre vous écrit : « Mon souhait pour l’Eglise de demain, c’est d’être une grande fraternité et d’être plus ouverte au changement ». Cela, ajoutez-vous, dans le respect des différences et des particularités de chaque être humain.

C’est justement cela que le pape François développe dans l’encyclique qu’il va publier demain, fête de saint François d’Assise, et qui est consacré à la fraternité universelle, sous le titre « Fratelli tutti ».

Or c’est aussi ce que nous demande Jésus dans l’évangile de ce jour, qui nous présente la parabole des vignerons homicides (Mt 21,33-43). C’est un texte qui nous paraît un peu violent et pessimiste pour un jour de fête comme celui-ci.  Cependant il contient un message important pour notre communauté et pour toutes les communautés chrétiennes.

La vigne, qui est au cœur de cette parabole de Jésus, est un thème courant de la Bible. Elle symbolise la société, le monde, le peuple. Une vigne doit toujours être entretenue, travaillée, taillée, cultivée. De même la société doit toujours être travaillée, soignée et aimée pour bien fonctionner dans la fraternité.  Dans sa nouvelle encyclique le pape François invite toute l’humanité et toute les religions à travailler ensemble pour construire la paix et la société de demain.

Or ce n’est pas évident ! Jésus lui-même nous fait découvrir qu’un vignoble peut devenir une tentation pour ceux qui s’en occupent. Les vignerons risquent de se l’approprier et travailler pour leur intérêt à eux seuls. C’est ce que dénonce le pape François au début de son encyclique. Certains s’approprient les ressources de la terre. « Nous sommes victimes de l’illusion de croire que nous sommes tout-puissants et nous oublions que nous sommes tous dans le même bateau » (FT 30).

C’est comme si le prêtre décidait que la paroisse est son affaire personnelle et sa propriété privée et qu’il mette à la porte tous les collaborateurs et dirige tout seul ! C’est ce fonctionnement violent que Jésus dénonce dans la parabole ; les vignerons veulent s’approprier tous les fruits de la vie ; ils battent et assassinent tous les envoyés du maître ; et même son fils, ils l’exécutent et ils jettent le corps hors du vignoble pour devenir propriétaires de la vigne.

Cette violence va-t-elle désormais régner en maître sur nos sociétés, sur notre monde ?, se demande Jésus. En réponse à cette question dramatique, il répond par une citation du psaume 117 (118) : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. » Jésus, le fils qui a été rejeté par les dirigeants de son peuple, va devenir la pierre angulaire, la clé de voute, du nouveau temple, du nouveau peuple.

Jésus ajoute : « Le royaume de Dieu sera donné à un peuple qui lui fera produire du fruit ». Jésus promet que la vigne sera soignée par un peuple qui lui fera donner du fruit. Il annonce ici que la vigne sera donnée et non plus louée ; elle sera donnée à un peuple, un peuple qui hérite de la vigne, donc un peuple de fils et de filles, un peuple de frères et sœurs, qui va gérer la vigne, non pas pour l’exploiter dans l’intérêt de quelques uns, mais pour lui faire porter des fruits qui serviront au bien de tous, au bien de tout le peuple. Ce peuple, c’est l’Église, c’est chacun et chacune d’entre vous. Ce peuple, ce sont les confirmés d’aujourd’hui qui vont recevoir l’Esprit de Jésus.

Ce message d’espérance nous est adressé à nous ici. La communauté chrétienne est comme une vigne qui nous est confiée pour que nous lui fassions produire du fruit. Jésus nous fait confiance. Il sait que nous sommes ses fils et ses filles ; nous ne sommes pas des mercenaires, des locataires. Nous sommes les enfants de Dieu et nous gérons notre communauté pour qu’elle produise du fruit, c’est-à-dire pour qu’elle soit acteur de bien et de bonheur dans la société, pour que chacun puisse y grandir en amour et en créativité au service de nos frères et sœurs du monde entier.

Prions alors pour chacun d’entre nous, que nous soyons tous des membres actifs du peuple de Dieu ; prions pour nos responsables et nos prêtres, pour qu’ils évitent l’intérêt personnel, mais soient au service de tous. Comme écrit le pape, « chacun de nous est appelé à être un artisan de paix, qui unit au lieu de diviser, qui étouffe la haine au lieu de l’entretenir, qui ouvre des chemins de dialogue au lieu d’élever de nouveaux murs » (FT 284).

En tout cela nous ne sommes pas seuls ! Le Christ est la clé de voute de notre Eglise, la pierre angulaire qui nous soutient et transforme les pierres isolées ou rejetées en pierres solides du nouveau temple de Dieu, le nouveau peuple de Dieu qui nous formons ensemble pour le bien de toute l’humanité ! Amen !