Il enseignait en homme qui a autorité Marc 1, 21-28

Il enseignait en homme qui a autorité

Marc 1, 21-28

Nous sommes au tout début de l’Evangile de Marc. D’entrée Jean-Baptiste vient en scène et très rapidement il s’efface. Vient alors celui que le Baptiste annonçait. Dimanche passé, les premières paroles : « Le temps est accompli » Sûrement pas le temps historique mais le temps du désir, le temps de l’ouverture du cœur. Le temps d’un monde nouveau. Le temps est celui d’un Dieu proche. Non pas un « tout-lointain », un « tout-distant » ni même un « tout-autre » ni un « tout puissant » mais un tout proche. Un Dieu de nos routes, un Dieu à nos côtés. Le Dieu qui habite nos peurs et inspire nos luttes. « Le Royaume de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez-en l’Evangile ». Un Dieu proche mais ce qui manque pour que cette proximité soit effective : l’ouverture de notre cœur, l’espace de notre conversion ! Dieu est avant tout un relationnel. Rien ne se fera en notre absence.

Vient alors l’appel des quatre premiers disciples : André, Jacques, Jean et Simon-Pierre.
Et ce groupe, on le retrouve à la synagogue de Capharnaüm, haut dans le nord de la Palestine. Voyant le sort réservé à Jean Baptiste en Judée, son arrestation, Jésus et les siens se réfugient dans le nord.

On ne sait pas ce qu’il enseigne. Est-ce tellement important. Ce qui marque c’est la puissance de vie qu’il communique. Les gens sont frappés car il enseigne en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. En plusieurs lieux de l’évangile, Marc sera plus explicite : « les scribes disent mais ne font pas ». Chez Jésus, il y a harmonie entre le dire et le faire. Aujourd’hui, on est fort attentifs à cette même cohérence. Nous sommes méfiants face aux idéologues, on attend de voir. On préférera l’engagement de Bernard Koucher aux belles promesses électoralistes. Dans la vie spirituelle, on ne se montre guère intéressés par les grandes synthèses théologiques… on se laissera davantage guider par les mères Teresa, les sœurs Emmanuelle ou les abbés Pierre.

A scruter l’Evangile, Jésus n’a aucune théorie sur l’existence du mal, son origine, sa raison, ses figures… Mais il lutte, de tout son être, contre le mal et ses structures. Preuve en est l’Evangile de ce jour.

Cette coïncidence entre le dire et le faire fait de Jésus quelqu’un qui a autorité.

Le mot autorité vient du latin « augere ». Augmenter. Agrandir, faire grandir. Développer.
Le bon enseignant qui a autorité n’est pas celui qui impose ordre et silence absolu dans les classes. Il est celui qui « augmente » la part d’humanité dans l’élève. Il est celui qui donne le goût de découvrir, de chercher, de se mettre en chemin, de manifester de l’intérêt pour notre monde. Il donne la force aussi aux jeunes d’être responsables, de prendre place dans le monde d’aujourd’hui (moins pour s’adapter au monde que pour adapter le monde à la grandeur de nos rêves). Il est certes celui qui augmente les connaissances de l’élève mais là n’est pas le plus déterminant.

Le bon patron qui a autorité est celui qui transmet une vision, une vision d’entreprise. Il est aussi celui qui rend responsables tous ceux et toutes celles qui sont ses collaborateurs.

Les parents ont aussi à exercer l’autorité. Elle est un équilibre difficile – une plume peut tout faire vaciller ; une toute petite parole à peine maladroite vient rompre cet équilibre- entre la compréhension et la cohérence, entre le cœur et l’exigence. Etre proche du vécu de l’enfant, accueillir ses colères par exemple, sans jugements, sans conseils, sans minimiser tout en étant fermes sur un cadre familial de vie. Etre écoute et rester fixé sur les objectifs (scolaires, sportifs, éducationnels….)

Mais nous sommes menacés par deux extrêmes : l’autoritarisme où on ne voit que l’ordre, les consignes mais on casse la relation et le laxisme qui laissera par exemple le jeune face à un vide. Or nous cédons vite à l’un ou l’autre de ces extrêmes : c’est plus facile et il suffit de laisser parler notre personnage spontané.

Jésus a bien habité cette dynamique.

Dans le passage que nous venons de lire, il manifeste de la compréhension à l’égard de la personne possédée. Ailleurs il accueillera, écoutera, consolera… Il manifeste aussi l’exigence forte de la conversion, ici il est ferme avec le possédé de ne pas se laisser dominer par le mal. Il appelle ce possédé au ‘combat’ intérieur afin que le mal n’ait pas l’emprise.

Evoquant François d’Assise, le théologien brésilien de la libération, Leonardo Boff, parlera pour qualifier l’attitude de ce dernier de « force et tendresse ».

Force et tendresse, double chemin de bonheur et de développement. Chemin de sainteté aussi.