L’homme de la Mancha et la crèche

Voici quelques jours, j’ai pu assister au théatre de Liège à un représensation, l’avant dernière, de l’Homme de la Manche. Jacques Brel s’est battu et s’est même épuisé à produire en français cette œuvre.  Au départ, il s’agit d’une œuvre de Miguel de Cervantes. Mais quelques siècles plus tard, dans les années soixante Dale Wasserman, un américain, en donnait une adaptation sous forme de comédie musicale. Tous nous connaissons le chant phare de cette comédie musicale : La Quête

« Rêver un impossible rêve,

porter le chagrin des départs,

brûler d’une possible fièvre,

partir où personne ne part… »

 

Cette œuvre et son adaptation se présentent comme un procès et au cœur de ce procès se pose la question suivante :

« Faut-il se satisfaire de la réalité telle quelle est ? »

« Faut-il remettre du rêve dans notre vie, dans notre monde ? »

 

La réponse du monde, pragmatique, concrète, réaliste nous fait dire : « arrêtons de rêver, arrêtons de nous égarer dans de vaines illusions, acceptons le réel tel qu’il est, changeons le tout petit peu qu’il y a à changer simplement, avec nos moyens pauvres car pour le reste, on ne changera pas le monde – dit Jean-Jacques Goldman.

C’est la réponse des philosophes et des moralistes d’aujourd’hui : réduisons l’écart – car il nous fait souffrir – entre le rêve et notre réalité. Acceptons le réel tel qu’il est.

 

Et Don Quichotte de répondre : cessons de nous laisser aspirer par le bas… mettons un frein à la spirale du fatalisme… cessons d’être les victimes d’un monde qui se contente de nous transformer en consommateurs… cessons d’être des désespérés qui se satisfont de leurs prisons dorées. Remettons du sens dans le réel, reconstruisons notre rêve.

Abandonnons-nous à suivre l’étoile.

 

Au pied de la crèche, c’est ce que nous sommes venus faire : réveiller notre rêve ! nous laisser aspirer par une spirale vertueuse qui nous élève. A la suite des bergers et des mages, nous sommes venus retrouver du souffle, de l’espérance. Nous sommes venus redire notre rêve d’un monde meilleur. D’une vie plus belle.

 

Ce rêve porte aujourd’hui un prénom : Jésus. Un tout petit, un tout fragile. Il demande seulement qu’on veille sur lui.

Ce rêve dans l’Evangile, plus tard, portera un autre nom : le Royaume de Dieu. Terre fraternelle qui demande aussi qu’on veille sur elle et qu’on la construise plus juste.

Les rêves sur lesquels on n’a pas veillé finissent par nous rendre amers et tristes.

C’est peut-être cela le sens du mot « Réveillons », veiller dans la nuit, garder au sein de nos obscurités notre regard ouvert sur la lumière de l’espérance.