Le désert : les marges et l’ailleurs

 

Au moment où on se trouve dans l’évangile, n’a encore rien enseigné. Quelques maigres paroles. L’Evangéliste Marc nous invite d’abord à regarder Jésus. Plonger notre regard sur ses faits et gestes nous aidera sans aucun doute à crédibiliser les paroles, l’enseignement qu’il va nous transmettre. Mais au total, il en dira peu dans cet Evangile de Marc. Jésus n’y apparaîtra pas comme un théoricien… ou un dogmatique.

Un geste impressionne : Jésus saisit la belle-mère de Pierre et la fait se lever. Prendre la main, remettre debout. Tout l’Evangile est dans cette phrase, tout le projet de Jésus se trouve concentré dans ces deux verbes. Au-delà des mots et des discours, Jésus est puissance de vie, guérissante, ressuscitante. Ce qu’il fait avec la belle-mère de Pierre, il le continue, il l’amplifie avec beaucoup de malades et de possédés qui, nombreux, viennent à lui. Il se rend au lieu même de la douleur de l’homme et même là où l’homme n’est plus lui-même, là où il est aliéné, prisonnier, possédé, habité par l’étrangeté, par un mal innommable. Il est là, Jésus, présent, au cimetière de l’âme. Il a comme dépassé la convenance sociale pour habiter les marges de la société.

Habiter les marges : cet autre geste impressionne également : Jésus se retire dans des endroits déserts pour prier. Seul. Cette courte mention viendra plusieurs fois dans l’Evangile. Que se passe-t-il dans ces moments de silence, de solitude, de prière personnelle ? Le secret restera entier. Il n’empêche Jésus reste habité par le désert, la haute solitude.

Un troisième geste impressionne enfin : « allons ailleurs » Toute la vie de Jésus est départ, inspirée par un ailleurs, transhumance, tantôt exode tantôt exil. Notre Dieu est sur les routes : à la fois dans le lâcher prise et dans la rencontre.

Voilà un triple chemin autant pour nous que pour nos Eglises.

Face à cela, force est de constater que l’Eglise donne au monde l’image d’une structure massive, lourde, difficile à déplacer. Elle se montre aussi comme une institution pyramidale, fortement centralisée. Le pape François apporte clairement un autre souffle, un air d’espérance, comme un printemps. En même temps, on constate que les évolutions sont lentes. Surtout qu’il y a de fortes poches de résistances. L’Eglise met aussi en évidence une façade où elle veut se montrer forte, en lien avec le politique. Elle veut surtout prendre une place dans l’éducation et la vie morale des personnes. Au point toutefois d’en paraître moralisatrice.

Au plan plus local, c’est souvent la catéchèse qui occupe pas mal de place et consomme pas mal d’énergie.

Ces chemins montrent aujourd’hui leurs limites. C’est pourquoi l’évangile de ce jour ouvre de réelles portes.

« Aller ailleurs… prendre le chemin du désert, de la nuit ou du petit matin, chemin de prière et de rencontre. Mais aussi rencontrer l’homme au niveau de ses marginalités… là où est le mal, là où il est aliéné et possédé. Chemin d’Eglise aujourd’hui.