Premiers appels, Jean 1, 35-42

Premiers appels

Jean 1, 35-42

Très tôt dans l’Evangile, Jésus est entouré. D’emblée la dimension communautaire, ecclésiale, fraternelle s’impose. D’emblée s’invitent un vivre ensemble, un être ensemble, un faire ensemble, un prier ensemble. Très vite une fraternité et une solidarité sont des pièces majeures dans le « programme » de Jésus.

Jésus n’ignore pas les appels personnels ni les rencontres individuelles. Chaque appelé est porteur d’un nom, d’une histoire, de traits très personnels. Juda n’est pas Matthieu. Pierre est fort différent de Jean. C’est, d’autre part, le cœur de chacun que Jésus souhaite rencontrer non pas un cœur collectif, simplement universel, sans visage personnel. Par ailleurs, l’Evangile porte la trace de quelques rencontres personnelles de qualité : Nathanaël, Marthe, la Samaritaine, Nicodème…

C’est une vraie question aujourd’hui : beaucoup vivent leur foi de façon tout à fait personnelle mais font l’économie de la vie en communauté.

Quelques éléments viennent caractériser l’appel.

Chez les premiers disciples, il y a une attente. Leur histoire est habitée par un désir.  La tradition les porte vers une espérance. Un Messie annoncé. Les temps qui s’accomplissent. Leur cœur est ouvert à autre chose. C’est là une disposition fondamentale. Ces deux premiers disciples sont en recherche, pris dans une quête spirituelle. Ils sont chercheurs de Dieu, homme en marche, insatisfait sans doute d’une vie sans désir ni espérance. Jésus d’ailleurs de retourne « qui ou que cherchez-vous ? » Nous-mêmes trop souvent nous n’osons plus rêver. Blasés c’est comme s’il n’y avait plus de place pour le désir. Simplement des projets organisationnels. Cette question peut être vive dans l’Eglise. Sommes-nous acculés à répéter le passé, à l’entretenir, à sauver ce qui peut être sauvé ? Prenons-nous encore le temps de désirer ?

Un deuxième aspect fondamental de l’appel : vivre l’expérience de la rencontre de Dieu. Il n’y a pas de grands discours d’appel. Pas de paroles persuasives. Simplement l’invitation à la rencontre. Faire l’expérience intime de la présence de Dieu. Cette présence de Dieu se dit très délicatement dans l’évangile par la question « Où demeures-tu ? » Ne comprenons pas cette question en un sens banal : quelle est ta rue, ton numéro de maison, ton village… ? Plutôt quel est ton lieu d’origine ? D’origine humaine ? D’origine divine ? Telle est la quête des disciples. Et, jeu de mots, les disciples prennent le temps de demeurer, de prendre toute la mesure que derrière le visage de Jésus homme se révèle la présence de Dieu ou que Jésus est l’Envoyé. Notre christianisme est souvent, trop souvent, un christianisme de valeurs. Un beau message ! Un message à transmettre parce qu’il a une valeur éducative pour nos enfants et nos jeunes. On parle de foi comme on parle de citoyenneté. La foi dépassant cela est rencontre. Elle est un « demeurer avec Lui… »

Un troisième aspect de l’appel est que celui-ci a une valeur transformante. Tout au long des Evangiles des hommes et des femmes vivront chamboulements, transformations, guérisons. Des hommes sont remis debout, d’autres prennent conscience de leur dignité, d’autres encore s’ouvrent au partage… Simon reçoit un autre nom, une mission.

Enfin, même s’il y a encore d’autres coins et recoins du texte à scruter, l’appel rebondit. Les appelés deviennent responsables, rayonnants, témoins, apôtres. Ils en appellent d’autres. C’est le début d’une longue histoire d’appel. L’appelé regarde bien au-delà de son appel personnel, bien au-delà du confort qu’il expérimente, il ouvre une histoire, premier ou xieme maillon d’une histoire qui est venue à pied, de bouche à oreille, « un par un » jusqu’à nous.

Nous aussi nous sommes invités à être des chercheurs de Dieu, des hommes et femmes qui font l’expérience de l’intimité de Dieu et qui en sont transformés et qui, à notre tour, devenons appelants.