Méditation du 16e dimanche, la Belgique est en deuil : évangile selon saint Marc 6, 30-34

« Les pluies diluviennes nous plongent dans le désarroi et dans l’impuissance ! »

 Le Cardinal Jozef De Kesel est profondément touché par tous ceux qui sont si affectés par la catastrophe actuelle des inondations. Il se sent particulièrement lié aux familles des victimes décédées.

Dans un communiqué, jeudi 15 juillet notre évêque écrit : « Chers Frères et Sœurs,

Les inondations de plus en plus catastrophiques de ces derniers jours ont provoqué de grandes souffrances dans la population de notre province. De nombreux endroits sont inondés, comme les centres-villes d’Eupen-bas, de Verviers, de Spa, de Theux, de Chaudfontaine, de Chênée, d’Angleur. La ville de Liège est menacée aussi. Nous déplorons le décès de plusieurs personnes. Nos autorités font le maximum pour venir en aide à chacun, nous les en remercions de tout cœur. Elles sont évidemment limitées dans leurs moyens par la violence des éléments naturels.

Merci aussi à tous les bénévoles qui s’emploient à secourir leurs proches.

L’angoisse étreint beaucoup de familles au vu des dégâts dus aux eaux et sous la menace d’une crue plus forte encore. C’est pourquoi nous invitons chacun à la solidarité avec ses proches et avec les personnes dans le besoin. Les locaux paroissiaux ou les églises peuvent être mis à la disposition des personnes nécessiteuses s’ils sont protégés contre les eaux. Malheureusement de nombreuses églises sont inondées à leur tour.  Que cela ne nous empêche pas de nous porter mutuellement dans la prière ».

Les pluies diluviennes n’ont pas seulement apporté d’immenses souffrances à la population. Elles viennent également ébranler notre sécurité. Elles nous mettent en face de nos impuissances. Notre impuissance face aux forces de la nature, mais aussi notre impuissance face à notre propre vie. Nous pouvons chercher à vivre en pleine conscience, à être efficace et productif, mais à chaque instant, une catastrophe peut nous surprendre… Les inondations nous ont montré quelles conséquences destructrices le changement climatique aura à l’avenir sur la terre où vivent les humains.

En ces jours de deuil national, le sentiment d’impuissance est fort. N’est-il pas également un élément essentiel de notre existence ? Réveillé aujourd’hui par cette catastrophe naturelle, le sentiment d’être impuissants est aussi vécu dans d’autres situations. Nous nous sentons impuissants face à la maladie qui nous oblige à l’arrêt. Nous nous sentons impuissants face à certaines personnes auxquelles nous ne pouvons pas nous opposer. Et nous faisons l’expérience de notre impuissance dans notre lutte pour une terre plus fraternelle et plus juste. De manière encore plus proche, la lutte contre nos fautes nous fait expérimenter nos défaites intérieures, encore et encore…

André Louf, né le 28 décembre 1929 à Louvain (Belgique) et mort le 12 juillet 2010 à l’abbaye du Mont des Cats (France), moine trappiste et auteur spirituel de renom affirme que l’impuissance est un thème spirituel important. Lorsque nous faisons l’expérience de notre propre impuissance, nous n’avons d’autre choix que d’ouvrir nos mains et de nous abandonner à Dieu. Cela est particulièrement vrai dans notre quête d’une vie spirituelle. Là aussi, nous faisons l’expérience de l’impuissance, qui fait que, malgré toute la spiritualité, la théologie et les pratiques religieuses, nous retombons sans cesse dans de vieilles erreurs.

L’impuissance en face de la catastrophe devrait nous inviter à nous réconcilier avec notre impuissance fondamentale. Ce point zéro de notre conscience de soi peut alors devenir un lieu de grâce, où Dieu nous relève de notre impuissance et nous donne un nouvel espoir.  L’espoir de sa main tendue et fraternelle. En effet, nous ne pouvons pas tomber de ses bonnes mains, quoi qu’il puisse arriver à l’extérieur.

Je vous souhaite d’accueillir la force et beaucoup de courage dans la reconstruction des familles, des maisons, des églises, des paysages défigurés par des inondations, ainsi qu’une solidarité avec les plus démunis.