Chers Frères et Sœurs,
En cette année jubilaire 2025, centrée sur le thème de l’espérance par le pape François, je voudrais relire à la lumière de l’espérance les évangiles des dimanches de carême de cette année liturgique C, qui suit l’évangile selon saint Luc.
Nous allons découvrir que l’espérance suscite en nous une conversion de vie et nous ouvre un nouvel horizon. Elle introduit dans nos vies une dimension mystique, un mysticisme agissant, selon les mots d’Henri Bergson. L’espérance se démarque de l’indifférence régnante et des intérêts matériels, tout en étant ancrée dans la réalité.
Or le monde d’aujourd’hui semble plus que jamais soumis à la loi du plus fort. Celle-ci valorise l’égocentrisme et le mépris de l’autre. On le voit en particulier dans la situation politique internationale. La société quant à elle subit une crise d’individualisme, qui pousse les plus défavorisés à la rue. Cette crise entraîne l’usage de la drogue, que l’on consomme comme un dérivatif, pour oublier ses problèmes et pour éprouver un bien-être immédiat. Le trafic de la drogue engendre la violence dans la société, comme on l’a constaté dernièrement dans la capitale de notre pays.
Le carême nous invite à une autre logique : la conversion à l’espérance. Cette conversion est-elle une utopie ? Non ! Elle passe par une conversion à Dieu et à notre prochain. L’espérance est une rencontre entre nos attentes et la grâce de Dieu. L’espérance n’est pas une vertu humaine, c’est une vertu théologale, c’est-à-dire une vertu qui a Dieu pour objet et qui nous parle de Dieu. Nos attentes proviennent de notre nature et de nos fragilités. Nous espérons la santé, le bonheur, le succès, le profit, la victoire… Mais souvent nos attentes sont limitées, nous n’osons pas rêver d’un vrai bonheur, encore moins d’un bonheur éternel ; nous devenons résignés, matérialistes, sans envergure et sans rêve. C’est pourquoi nous avons besoin d’une force extérieure, d’une grâce qui nous dépasse, d’un miracle qui nous remet debout et nous met en route. Cette grâce, c’est l’espérance donnée par Dieu. Elle provient de sa parole, qui ouvre des horizons nouveaux dans nos vies.
Pour accueillir cette grâce et cette espérance, nous avons besoin de la prière, du jeûne et de l’aumône, comme nous l’annonce l’évangile du mercredi des cendres (Mt 6,1-6.16-18). La prière, le jeûne et l’aumône sont les pierres d’attente sur lesquelles l’espérance va s’ancrer.
Par la prière, nous reconnaissons nos faiblesses et nous attendons de Dieu un secours. Nous sortons de notre égocentrisme pour faire confiance à l’Autre. Nous élargissons notre prière aux besoins des autres et nous créons une solidarité invisible avec eux. Nous ouvrons la porte à Dieu pour qu’il agisse dans nos cœurs que nous ouvrons à lui.
Par le jeûne, nous maîtrisons les désirs de satisfaction immédiate de nos corps, nous ouvrons notre esprit au don de Dieu et nous trouvons notre nourriture dans sa parole.
Par l’aumône et la solidarité avec les pauvres, nous offrons nos biens matériels et spirituels à l’autre, nous engageons un chemin de soin et d’amitié, nous remettons l’autre en chemin et recevons la joie dans nos cœurs. « Semons la solidarité, cultivons l’espérance », nous dit le thème de la campagne de Carême, promue par Entraide et Fraternité, en particulier en faveur des populations du Pérou et d’autres pays du Sud. Mgr Isaac Martinez Chuquizana, évêque de Cajamarca, nous l’écrit : « Cajamarca est riche sur le plan culturel et matériel, mais la pauvreté, l’exclusion et la discrimination sont ressenties par l’ensemble de la population » . L’espérance et la solidarité des communautés chrétiennes vivant dans une société violente et pauvre sont pour nous un stimulant qui nous entraîne à les aider et à les aimer.
Dans cette ligne, je rappelle à chacun le dispositif de carême : le jeûne mercredi des cendres (5 mars) et vendredi saint (18 avril) ; la confession des péchés graves et la communion pascale.
+ Jean-Pierre Delville,
Evêque de Liège